Les Ambitieux (Un film de Catherine Corsini)
L’Ambition comme Passion
Par A. H., le 1er février 2007 2007
Après avoir offert à Karin Viard le rôle principal dans La Nouvelle Eve, Catherine Corsini retrouve l’actrice 8 ans plus tard dans une comédie douce-amère au titre pour le moins significatif : Les Ambitieux.

Julien, un jeune provincial (Eric Caravaca) gérant d’une petite bibliothèque, dépoussière un jour un roman qu’il a écrit auparavant et souhaite voir publié. Voilà que le jeune homme se retrouve propulsé à Paris en tête à tête avec la redoutable Judith (Karin Viard). Se dresse alors le portrait d’une capitale acerbe, abjecte, symbolisée par la terrible éditrice, prédatrice dépourvue de pitié qui exerce une influence nuisible sur ceux qui la fréquentent. Si Corsini ne fait pas l’apologie des parisiens, les scènes d’expositions destinées à décrire ce milieu artificiel ainsi qu’à situer les personnages sont trop vite expédiées.

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Les Ambitieux repose sur la relation entre Karin Viard et Eric Caravaca. Autant l’une, sportive, se démène pour faire exister son personnage, torturée par les zones d’ombres qui planent sur sa naissance et le passé de son père ; autant l’autre reste trop atone, manquant de vivacité pour parvenir à interpréter un homme qui prend un virage important et qui représente cette ambition justement. Car son changement de vie surgit comme une décision trop hâtive pour faire preuve de véracité, laissant derrière lui ce avec quoi il s’était construit. Or de telles bifurcations — douteuses et incongrues — sont nombreuses.

Alors que Catherine Corsini possédait réellement son sujet, comme une étude sociologique d’éléments aux apparences antagonistes : Paris/Province, Notoriété/Anonymat, Piston/Combativité, elle s’embourbe dans une liaison amoureuse sans originalité avec pour seul axe de soutien le fameux livre. Eh oui, car Julien découvre dans une boîte mystérieuse que le père de Judith était un révolutionnaire en Amérique du Sud. Et voilà que ce dernier se retrouve des années après sa mort comme le sujet principal du prochain roman d’un écrivain en herbe.

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Seulement son livre, il l’écrit en cachette. Imaginez la réaction lorsque Judith apprend que son tendre écrit toute une oeuvre sur son père depuis des semaines sans l’avoir mise au courant. Voilà un changement de direction qui laisse à désirer, d’autant plus que le sujet initial dépeignant ce joli petit monde avec verdeur est bien vite remplacé par cette pseudo intrigue.

Les Ambitieux, un titre qui annonce la couleur. Et pourtant, le film manque cruellement d’ambition, tant au niveau humoristique où les trop rares situations cocasses ne permettent pas au spectateur de trouver sa place, qu’au niveau dramatique où le scénario n’ose pas, ne franchit jamais la barrière (malgré l’interview télévisée exubérante). Mais ce parti pris de la réalisatrice permet d’insister sur l’ambivalence qui est l’essence même de l’être humain. A l’image des éléments antagonistes précédemment cités l’Homme est continuellement victime de ses humeurs contraires, comme un choix éternel qui fait face à lui toute sa vie. C’est dans cette optique que le film réussit à ressortir le caractère intérieur de chacun, en proie aux désirs passionnels et qui se doit paradoxalement de rester rationel.

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La réalisation est convenable même si quelques cadrages nous laissent sur notre faim. Regrettons que la caméra s’attarde trop souvent sur les personnages et pas assez sur l’environnement dans lequel ils évoluent alors qu’il est précisément question de l’influence qu’exerce sur nous "l’Autour". Ce que Catherine Corsini réussit à faire relève tout de même de l’exploit : elle parvient avec une histoire profondément humaine et sans aucun effet de style à créer un pathos dégoulinant relevant davantage du cliché qu’autre chose. Et le happy-end protocolaire est là pour nous le rappeler. Car bien sûr le livre aura le succès escompté et le jeune beau brun après avoir fait le deuil de son amour impossible réalisera qu’il ne peut passer à côté d’un tel amour et finira par enlacer tendrement sa moitié. Ils vécurent heureux et eurent...

Images : © Pyramide Distribution






Pour la sortie du nouveau film de M. Night Shyamalan, l’excellent Phénomènes, la rédaction de Fin de Séance a concocté un nouveau Top 5 sur le thème du suicide :

  1. Les ados de Virgin Suicides de Sofia Coppola
  2. Le culte Harold et Maude de Hal Ashby
  3. Le suicide de Belmondo dans Pierrot le fou de Jean-Luc Godard
  4. L’honneur des soldats japonais dans Lettres d’Iwo Jima de Clint Eastwood
  5. Le suicide de Grosse Baleine dans Full Metal Jacket de Stanley Kubrick

Sans oublier le méconnu Suicide Club de Sion Sono, et l’hommage rendu à Kurt Cobain par Gus Van Sant dans Last Days



Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
- Cinémas indépendants acceptant la carte Le Pass
- L’Institut Lumière à Lyon
- La Cinémathèque de Toulouse
- Le Ciné-Club de Caen

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