Retour rapide sur quatre films inégaux, sortis entre début février et la mi-mars. Au programme : trois beaux films français (L’Autre, Ricky et Welcome), et un poussif essai allemand de reparler du fascisme et de l’importance du "plus jamais ça" (La Vague).
L’AUTRE de Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic

Ne consacrer qu’une petite notule à ce qui est de loin, le meilleur film français de ce début d’année, c’est presque faire injure au remarquable travail des cinéastes Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic. En effet, L’Autre apporte un souffle nouveau et salvateur au septième art hexagonal, tentant et réussissant un improbable mix entre cinéma de genre(s) (thriller parano, SF, drame psychologique) et récit intello. Dominique Blanc y incarne une assistante sociale de 47 ans, jalouse puis malade de voir son ex et jeune amant (qu’elle a de son gré largué) sortir avec une femme du même âge qu’elle. Le dérèglement psychologique du personnage se ressent sur la forme du métrage, faisant apparaître quelques images mentales mémorables (énorme séquence dans le RER, où la femme découvre son double dans le train d’à côté). La dernière demi-heure, toute en dysfonctionnements narratifs et formels, déconcerte et dérange, mais souligne l’ambition (très rare chez nos cinéastes) du couple derrière la caméra d’offrir aux spectateurs quelque chose de différant, et de terriblement original. Les raisons ne manquent donc pas pour aller découvrir ce formidable long-métrage. Entre la performance géniale de Dominique Blanc (justement récompensée à Venise), et l’audace formelle des cinéastes, L’Autre est à ne pas rater (là où il passe encore) !
par Julien Hairault.
RICKY de François Ozon

Le talent de François Ozon n’a pas de limites : comédie musicale (Huit femmes), drame personnel (Le Temps qui reste, 5X2), manipulations psychologiques (Swimming Pool, Gouttes d’eau sur pierres brûlantes), chaque fois il déconcerte, souvent il réussit. Son dernier film, Ricky, le confirme. Quand un couple d’ouvriers donne naissance à un enfant ailé, le fantastique immerge au coeur du réalisme social pour lui donner encore plus de sens et de force. Ricky est attachant, porté avec brio par Alexandra Lamy qui ouvre magistralement la première séquence, et Sergi Lopez, qui retrouve son jeu ambigu et subtil de Harry, un ami qui vous veut du bien.
par Morgane Pichot.
LA VAGUE de Dennis Gansel

Adapté du roman polémique et éponyme de Todd Strasser, La Vague raconte comment une classe de lycée en Allemagne, en vient, dans le cadre d’un TP encadré par un "prof de sport et de politique", à pratiquer l’autocratie... Le but pédagogique de l’exercice consiste à savoir s’il serait possible, aujourd’hui, qu’un régime fasciste comme le IIIè Reich puisse réapparaître. Les élèves, d’abord ennuyés par l’enjeu, se prennent pourtant vite au jeu, instaurant petit à petit des règles rappelant celles des dictatures du passé : uniformes, salut, logo... Celui qui ne s’y plie pas se voit exclu du groupe, nommé "La Vague", avant que la violence ne prenne finalement le pas sur la raison et les idées. D’un sujet délicat, Todd Strasser échoue à faire ressortir le moindre intérêt de son métrage, trop occupé à caricaturer ses personnages et leurs idées dans ce film explicatif qui ne questionne pas vraiment, et qui, du coup, n’apporte pas de réponses. Pas mieux qu’un vulgaire clip préventif sponsorisé par l’Education Nationale, La Vague déçoit donc dans son incapacité à élever un débat tué dans l’œuf au cœur du même du film. Quant à la mise en scène, lourde en symboles (les effets rocks du générique et de la bande son sont assez risibles), elle ne permet pas non plus d’accrocher à ce projet si prometteur sur le papier, mais terriblement médiocre à l’écran.
par Julien Hairault.
WELCOME de Philippe Lioret

Autre belle surprise du cinéma français en ce début d’année 2009, le nouveau film du bankable Philippe Lioret : Welcome. Dans le rôle titre, Vincent Lindon, maître-nageur à la piscine de Calais, aide un clandestin irakien à apprendre à nager pour qu’il puisse traverser la Manche, et rejoindre à Londres celle qu’il aime. Dit comme ça, Welcome pourrait sentir la fable sociale moralisatrice comme le cinéma français en produit tant. Mais, affublé d’une dimension documentaire et d’un élan citoyen plus qu’engagé quand il dénonce ouvertement les agissements de la police et du gouvernement Sarkozy, le film respire l’honnêteté et se défend de mettre en scène des héros, sinon ordinaires. Surtout, le refus du (des) happy-end, assène un violent constat sur la situation des clandestins réfugiés à Calais, mais aussi de certaines pratiques communautaires en Angleterre comme ailleurs. On n’ira pas jusqu’à parler de film politique, mais Welcome est tout de même un film concerné, ce qui suffit à le rendre hautement recommandable.
par Julien Hairault.
Lire les notules du mois de janvier, consacrées aux films Des idiots et des anges, Espion(s), Les Violette, et Les Trois singes