Un immeuble haussmannien qui touche le ciel, un lieu de décisions cruciales pour des vies à venir. Le titre prend alors tout son sens. Entre les murs de cet immeuble, des filles vont et viennent. Elle posent des questions, racontent, et écoutent. Que de monde, la salle d’attente est pleine, entre la gene et la compréhension, les gens épient ou baissent les yeux. Les entretiens s’enchaînent jusqu’à la nuit. Il est question de contraception, de sexualité... On y voit alors un panel de portraits de femme, toutes différentes et pourtant...Seules ou accompagnées, elles content l’incompréhension de leurs parents, leurs doutes, leurs craintes. De la jeune fille qui cache ses pilules dans la boîte aux lettres de peur que sa mère ne les trouve, à celle qui se voit traitée de prostituée par sa mère qui lui achète des préservatifs, en passant par celle qui se trouve trop féconde et que le stérilet fait grossir, Claire Simon nous installe dans le quotidien d’un planning familial, entre documentaire et fiction. Tous les entretiens qui composent le film sont tirés de vrais échanges entre conseillères et visiteuses, que la réalisatrice a prélevés soigneusement lors des ses observations. Pourtant, ces dialogues sont pris en charge par de vraies actrices, et quelles actrices : Nathalie Baye, Nicole Garcia, Isabelle Carré, Béatrice Dalle, Rachida Brakni. Ce retour à la fiction empêche le film de donner une place de voyeur aux spectateurs, et de consacrer à ces paroles une dimension plus grande. Leurs interlocutrices ne sont pas des actrices professionnelles, et savent rendre, par leurs petites maladresses, le film d’autant plus touchant et sensible. C’est donc dans ce petit théâtre de la vie, qu’évoluent nos personnages. Des dialogues qui content autant la vie intime de certaines femmes, qu’une réalité sociale qui n’est plus à ignorer, la condition des femmes dans notre société actuelle. On sent que les tabous persistent toujours : un jeune homme emmène sa copine pour vérifier si elle est bien vierge, des filles qui prennent en cachette la pilule, des avortements non révélés, des mariages forcés... Les conseillères font face a des situations qui vont crescendo dans la souffrance de leur patiente. On pense notamment à l’histoire délicate de cette femme tombée enceinte après la rencontre d’un homme dans un hôpital psychiatrique. Sera-t-elle prête a « être quelqu’un pour quelqu’un d’autre ? » lui demande Nicole Garcia.

Claire Simon ne s’attarde pas trop sur son casting épatant, elle esquisse simplement le portrait de ses conseillères, le temps d’une cigarette sur le balcon, de débats ou de courtes discussions dans la cuisine de l’immeuble. Pour une fois les actrices sont celles qui écoutent et non celles qu’on écoute. Ce dispositif très intéressant est mis en valeur lors de l’entretien avec la belle Anna Maria, prostituée bulgare, qui raconte son histoire avec résignation et douceur, histoire incroyable de l’homme avec qui elle coucha trois fois et qu’il la fit tomber enceinte autant de fois. Rachida Brakni est plus attentive que jamais et l’on sent se dessiner, derrière l’habituelle récitation du protocole à suivre, une sensibilité toute naturelle, de la compassion, de la tendresse. On pourrait presque dire que cette fois c’est la patiente qui apprend à la conseillère. Une belle leçon de vie donc, qui clôt ce film fantastique.
Les Bureaux de Dieu est fait de fragments d’existence, et est d’une vérité saisissante. Un ton subtil et juste qui n’est pas là pour donner des leçons de morale mais simplement pour faire le constat d’une réalité trop souvent négligée. On regrette peut-être simplement le peu de présence masculine, qui pourrait par moment faire défaut à ce film, en lui donnant une vision un peu trop féministe. Mais Claire Simon, dont le talent de documentariste n’est plus a nier, a su orchestrer ce petit monde, sans mièvreries, sans artifices, en imposant une vision très détachée et réaliste de la vie dans ces plannings familial.