L’homme sans âge (Un film de Francis Ford Coppola)
L’Histoire sans fin
Par Clémentine Delignières, le 25 novembre 2007 2007
Presque dix ans – depuis L’Idéaliste – que Coppola n’avait pas réalisé de film. On ne savait pas trop à quoi s’attendre… et en effet, L’homme sans âge surprend ! L’époque des Parrains semble très lointaine (dommage) mais quand même, le film a de quoi nous satisfaire : esthétisme certain, réflexion poussée… et étrangeté qui nous laisse stupéfaits.

Le cinéma est l’art du temps, on l’a beaucoup entendu. Coppola exploite à fond cette particularité, s’inspirant d’une œuvre littéraire du philosophe Mircea Eliade. Âgé de soixante-dix ans, Dominic Mattei (l’excellent Tim Roth) fait un voyage en Roumanie pour s’y suicider : il n’est pas parvenu à accomplir l’œuvre de sa vie, découvrir les origines du langage. Mais voilà que le destin s’en mêle et la foudre le frappe de plein fouet. Une fois guéri de ses blessures, il apparaît miraculeusement rajeuni d’une trentaine d’années. Ce n’est pas tout : ses facultés sont décuplées – « Ma mémoire ne connaît plus de limite » – et le voilà doté de pouvoirs intellectuels étranges. Pour lui, tout redevient possible : ses recherches, le but de sa vie... l’amour, aussi. Du moment qu’il réussit à se cacher pour échapper aux savants en tous genres (nazis, en particulier) et à garder la tête froide malgré la schizophrénie, côté sombre de ses nouvelles capacités.

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Coppola s’interroge. Et si, par magie, le vieillissement des corps cessait, que pourrions nous faire de ce temps offert ? Réponse : accomplir l’œuvre de notre vie. Mais qu’est-ce que l’œuvre de notre vie ? En remontant aux origines du langage, à travers l’égyptien, le sumérien, le babylonien – mais surtout à travers Veronica – il semblerait que Dominic soit mené aux origines du monde. Finalement, il n’y a rien de plus originel que l’amour. Rien, certes, mais lorsque l’amour semble impossible, Dominic demeure au même point, bloqué, l’œuvre de son existence ne pouvant être accomplie… La vie ne serait-elle qu’un inachèvement ? un commencement ?

L’image reflète ces questionnements en s’imprégnant d’onirisme et de poésie, de magie. Le cadran d’une montre, un flash-back, des lumières floues sur fond noir, une caméra subjective, des roses, des images sens dessus dessous… Coppola plonge dans l’univers mental de son héros et s’attelle à la dure tâche d’extérioriser à l’écran l’inexprimable visuellement : la conscience (on pense à Michel Gondry et à la série de réalisateurs s’y étant essayée). Voilà justement la grande réussite de ce film qui nous fait entrer dans un univers à part. Coppola, comme à son habitude, soigne l’esthétique et nous transporte dans le tourbillon étrange d’une réflexion philosophique sur le temps et le langage.

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Il se plaît alors à mélanger les images, les époques, les lieux (la Suisse, la Roumanie, l’Italie, le Népal etc.), les langues, les styles... Jusqu’à utiliser du Super 8 qui vient s’intercaler lors de la séquence au Népal. C’est une poésie baroque qui demande de s’accrocher, mais qui peut aussi toucher en plein cœur. Le risque, toutefois, est de s’y égarer : les thèmes, les sens, sont trop nombreux et il est difficile de ne pas perdre le fil. Coppola s’attaque à des vastes sujets et les embrasse tous à la fois. Plus la bobine se déroule, plus le film devient inquiétant, presque fantasmagorique. Réfléchir sur le temps, n’est-ce pas juste tourner en rond ?

Finalement, face à L’homme sans âge, on se casse la tête comme devant Platon, Descartes, Spinoza et leurs amis. Il s’agit d’une œuvre à la philosophie déroutante, qui demande à être vue et revue.

Images : © Pathé Distribution






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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