Démineurs (Un film de Kathryn Bigelow)
L’âme du guerrier [rétro 2009]
Par Othman El Maanouni, le 22 décembre 2009 2009
Il se faisait longtemps depuis que le film sur la guerre n’avait innové, changé de point de vue sur les origines du chaos humain. Peut-être est-ce dû à la sensibilité de femme de Kathryn Bigelow, peut-être est-ce dû aux images hallucinés des conflits diffusées en boucle à la télévision. Toujours est-il que Démineurs concerne les hommes pris dans la bataille, ou plutôt ceux qui en vivent.

Le film s’ouvre sur une séquence terrifiante : un groupe de trois hommes, jeunes donc invincibles, tentent de désamorcer une bombe, une guerre finalement. Nous sommes en Irak, cinq ans après le début du conflit, les soldats américains doivent faire face à une hostilité irréductible de la part d’une frange insoumise, qui cache des bombes et ne rechigne plus à verser le sang, le sien propre et moins encore celui des autres. Sous un soleil surexposé, l’adrénaline au bord des lèvres, le démineur va mourir, trop proche du souffle lorsque qu’un téléphone portable détonnera l’explosif.

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S’ensuivent alors des missions qui ne se ressemblent pas, toujours dans une urgence ténébreuse, contrastant inévitablement avec la beauté d’un pays ruiné mais vivant. Le sergent William James n’est pas de ceux qui ont été enrôlés de force, il s’inspire du conflit et ne vit que pour ces instants épouvantables où il ne sait jamais s’il va vivre ou mourir. Alors il connaît l’Irak mieux que son pays natal, semble être né dans cette guerre civile où la peau ne vaut rien, où l’on traite l’autochtone comme un sous-homme afin de ne pas hésiter à tirer si le moindre doute subsiste.

William (Jeremy Renner, sans cesse dans une situation borderline) semble se nourrir de cette peur, l’adopte et la retourne contre ses « ennemis », ceux de son pays natal finalement, celui qu’il a intimement quitté. C’est un mercenaire car il n’a pas d’idéal, a été aspiré par l’horreur du gâchis des vies humaines, n’a plus que des yeux pour observer et jauger, n’a plus que son nez pour sentir la moiteur de la peur, celle de ses camarades, celle de ses ennemis potentiels, celle de chacun des êtres humains pris – malgré eux ou de leur propre gré – dans une guerre sans merci.

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Inévitablement cependant il devra changer car il fuit vers sa propre perte, dans une quête d’autodestruction permanente, niant les consignes de sécurité les plus élémentaires pour avoir toujours plus de sensations, même si celles-ci peuvent à tout moment être les dernières. C’est sûrement ce qui leur donne cette valeur à ses yeux, cette authenticité incontestable où le présent est infini. Alors Kathryn Bigelow lui fait honneur, ne le juge jamais car elle ne le connaît pas. Sa mise en scène le devine, tremblotante et hésitante quand William est au bord du gouffre, ferme quand il fait ses choix, instantanés devant les bombes, inconsidérés sûrement mais incroyablement courageux.

Il est pratiquement impossible de comprendre ce que traversent les démineurs lorsqu’ils font face à cet engin qui ne demande qu’à terminer leur existence, lorsqu’ils hésitent entre un fil et un autre, filmés par des hommes cagoulés qui n’attendent que l’explosion pour fabriquer de nouveaux martyrs. Pourtant, malgré cette incompréhension inévitable, Démineurs raconte quelque chose d’essentiel sur le comment et jamais sur le pourquoi. Le film raconte les dépassements incessants de la cruauté, que celle-ci est une origine justifiable ou non, car dans une guerre à la cause factice, seules les conséquences sont réelles, traumatisantes et définitives.

Images : © SND






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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