Le nouveau film de Michael Bay (Armageddon, Pearl Harbor) avait tout pour devenir le film de l’année. Pourtant...
Pourtant malgré un casting impressionnant réunissant deux icônes montantes du cinéma hollywoodien, Ewan Mac Gregor et Scarlett Johansson, un scénario apocalyptique sur le clonage et les dangers de ses dérives, sujet ô combien d’actualité puisque même Houellebecq décide d’y consacrer son prochain livre La possibilité d’une île, et un financement brillant par l’absence de ce cher Bruckheimer le résultat est plutôt décevant.
Pour mieux comprendre le gâchis, il faut saisir la richesse du synopsis. Nous sommes en 2019, les grandes fortunes que compte l’Amérique n’ont plus qu’un seul et unique but : rester en vie le plus longtemps possible. Une firme leur propose ainsi, moyennant quelques millions de dollars, d’avoir, en cas de besoin, un clone prêt à fournir des « pièces de rechange ». Néanmoins, ce dont ces sponsors ne se doutent pas, c’est que la compagnie ne maintient pas, comme elle l’affirme, ces copies parfaites dans un état végétatif, mais leur donne une conscience et des souvenirs : faisant de tout prélèvement, un meurtre. Mais pourquoi ces clones acceptent-ils de rester enfermés en attendant une mort inévitable ? C’est là qu’apparaît l’ingéniosité du scénario. En effet, ces derniers pensent être les seuls survivants d’une contamination planétaire n’ayant laissé intact sur la surface du globe qu’un jardin d’Eden, une île, qu’ils espèrent tous rejoindre en gagnant à la loterie...
Lors de la première partie du film, nous sommes très près de l’univers créé par le roman d’Huxley, Brave New World. De ce point de vue, la restitution de l’atmosphère de la colonie, avec ses êtres quasi-identiques, faisant les mêmes taches, au même moment, sans se poser aucune question existentielle ou philosophique, est une véritable réussite. C’est d’ailleurs dans cet environnement aseptisé et sans âme qu’apparaît le personnage de Lincoln Six-Echo (interprété par Ewan Mc Gregor), qui le premier commença à sentir, au plus profond de son être, cette éternelle interrogation : Pourquoi ?

Malheureusement, c’est également à partir de ce moment que le film dérape. Il ne devient plus qu’une succession de courses-poursuites, d’explosions et de fusillades. Cette abondance d’effets spéciaux (et de publicités, soulignons le) déssert alors le scénario et les acteurs puisque le rôle de Scarlett Johansson se limite à courir, à feindre la surprise et à éviter le tir des hélicoptères. (petite anecdote de tournage, cette dernière a dû se faire poser des attelles aux tibias suite à ces cascades intenses).
À grand renfort de ralentis, de cadrages en contre-plongée et d’une musique digne d’un combat du seigneur des anneaux, Michael Bay nous rappelle qu’il ne s’agit que d’un blockbuster, d’une œuvre sans réelle ambition morale ni politique et que, grandes vacances obligent, elle n’est là que pour nous distraire.
En un mot, The Island est un film sans grande prétention et mis-à-part la présence de la somptueuse héroïne de Lost in translation, on n’y trouve pas grand chose de plus que les ingrédients classiques des films d’été.
Enfin, puisque le film ne le fait pas, je conclurai moi même cette reflexion sur le clônage par cette pensée de Nicolas Berdiaeff « Les utopies apparaissent comme bien plus réalisables qu’on ne le croyait autrefois. Et nous nous trouvons actuellement devant une question bien autrement angoissante : comment éviter leur réalisation définitive ? [...] Les utopies sont réalisables. La vie marche vers les utopies. Et peut-être un siècle nouveau commence-t-il, un siècle où les intellectuels et la classe cultivée rêveront aux moyens d’éviter les utopies et de retourner à une société non utopique, moins parfaite et plus libre ».