Enfermés dehors (Un film de Albert Dupontel)
L’esprit cartoon
Par Julien Hairault, le 10 avril 2006 2006
Bernie, le premier film de Dupontel, était une comédie atypique et inégale qui émanait de l’esprit totalement fou de son auteur. Le créateur, plus réfléchi et réussi : proposait une énième variante sur le manque d’inspiration de l’artiste. Enfermé dehors marque paradoxalement une régression dans l’œuvre du comique, tant le fond et la forme rappellent sa première réalisation.

Clochard au début du film, Dupontel tombe par hasard sur un costume de policier. Après avoir adopté sa nouvelle tenue, il décide de sauver l’enfant d’une jeune femme (la fidèle Claude Perron), mais enchaîne les catastrophes...

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On nous prédisait un film burlesque qui allait dépoussiérer le cinéma comique français. Dupontel de son coté, annonçait un hommage aux grandes figures du burlesque comme Chaplin et Keaton (ce dernier étant beaucoup parodié ici), mais répétait surtout qu’il voulait faire un film que son enfant pourrait voir (autrement dit moins noir et violent que ses précédantes œuvres). Enfermés dehors est certes drôle par moment, mais l’impression générale que l’on ressent a plus à voir avec l’inégalité et la déception. Cette dernière naît d’abord de la mise en scène, trop vivante et explosive : accompagnée de lassants bruitages et d’un thème musical dont la violence ne fait qu’amplifier bêtement la brutalité de l’instant (les chutes et les chocs).

Albert Dupontel est un auteur doué dans le sens où il possède de nombreuses idées qui valent la peine d’être exploitées. Visuellement, le résultat est un mélange inégal de caméra portée, de points de vue subjectifs aux focales variées, ou encore de truchement de l’étalonnage. Cette violence visuelle trouvait dans Bernie un écho dans l’histoire pleine d’humour noir et de mauvais goût. Ici, elle a du mal à s’accorder avec un propos plus lisse : maladroitement emprunt de sentimentalisme et de mièvrerie.

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Au final, Enfermés dehors est un film fourre-tout foisonnant d’idées plus ou moins bonnes, qui arrivent toutefois à rester dans le ton d’une histoire dont le scénario est plutôt bien écrit. Les rebondissements loufoques et quelques gags bien sentis (l’épicerie « mal placée ») égaient un peu une partition dont l’exécution un peu lourde affaiblit finalement le propos tendre du récit. Nul doute que l’enfant de Dupontel rigolera devant les pitreries de son père : n’empêche qu’il aura du mal à saisir le sens de tout ce fracas les entourant.

Le comique burlesque de Keaton et consors n’avait pas besoin de la mise en scène pour exister. Le talent des corps suffisait à donner naissance aux rires et à l’émotion. Dupontel croit à tort aujourd’hui que la mise en scène au cinéma est un vecteur essentiel des sentiments. Cela marche parfois, mais dans le cas d’Enfermés dehors : ça ne fait que les parasiter. L’excès d’effets dans sa mise en scène mine le film de l’intérieur. Un peu de retenue peut ne pas faire de mal de temps en temps.

Images : © Eskwad






Le 25 mai prochain, après une compétition d’une dizaine de jours, le jury du 61ème Festival de Cannes présidé par Sean Penn, décernera la tant attendue Palme d’Or au meilleur film de la sélection. En attendant d’en savoir plus, la rédaction de Fin de Séance vous livre ses cinq oeuvres palmées préférées :

  1. Pulp Fiction de Quentin Tarantino
  2. Taxi Driver de Martin Scorsese
  3. Elephant de Gus Van Sant
  4. Barton Fink de Joel & Ethan Coen
  5. Apocalypse Now de Francis Ford Coppola


Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
- Cinémas indépendants acceptant la carte Le Pass
- L’Institut Lumière à Lyon
- La Cinémathèque de Toulouse
- Le Ciné-Club de Caen

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