Rachel se marie (Un film de Jonathan Demme)
L’exploit de la catharsis [rétro 2009]
Par Othman El Maanouni, le 20 décembre 2009 2009
Du film sociologique (bien pensant) hollywoodien, il ne reste, aux premiers abords, que peu de trace. Politique, Jonathan Demme l’a toujours été, du moins dans ses films, humaniste également. Ses deux films les plus vus, et cités, sont Philadelphia (1993) sur l’émergence du SIDA et la mise au ban de ses malades, et Le Silence des Agneaux (The silence of the lambs, 1990) qui a redéfini le film policier – et son sous-genre, le film de tueur en série – qui lui valut l’Oscar du Meilleur Réalisateur la même année.

De très démonstratifs qu’ils étaient, soumis aux poncifs du genre, ces deux films semblent loin, et même digérés, dès la première scène de Rachel se marie. On peut d’emblée constater que du documentaire, qu’il a pensé et pratiqué ces dernières années, l’approche lui est resté. Le scénario de Jenny Lumet semble se dissoudre dans l’indéniable virtuosité technique du film. Caméra à l’épaule, à quelques coudées de son actrice principale, Anne Hathaway – Kym, son procédé de mise en scène explore au plus près les blessures entrouvertes, les donne à voir plus qu’il ne les montre, ici en jeu dans le film et enjeu même de celui-ci.

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Ancienne toxicomane, Kym réapparait brutalement dans une cellule familiale qui, on le comprend assez vite, a explosé suite à ses actes. Cependant, cette cellule est également à l’aube d’une réunion et même d’une expansion puisque Rachel – Rosemarie DeWitt – se marie. Tornade de franchise, en apparence, le personnage joué par Hathaway fait fi de toute prudence, balayant les conventions sociales du tabou universel, celui du secret, et par là même synthétisant l’un des objectifs du film : montrer une Amérique pluriculturelle, loin des schémas communautaires qui alimentent sa schizophrénie.

En effet, ce mariage est ethniquement mixte, déjouant dès lors tout un déjà-vu réducteur, premier piège, habilement esquivé par le scénario. Le futur mari, Sidney (Tunde Abedimpe), noir, est féru de musique, artiste et, semble-t-il, touché par la grâce. C’est ici la caractérisation qu’a fait Demme du personnage qui étonne, son apparence physique (de grosses lunettes et un déplacement parcimonieux) et surtout la finesse du jeu de l’acteur, et donc de son choix. Sidney et Rachel forment un couple rapidement dépeint comme étroitement lié par une tendresse et une reconnaissance évidente, le temps de quelques plans les réunissant.

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On remarquera ici la performance qu’obtient le metteur en scène de la part de ses acteurs, tous au diapason réaliste et touchant de l’ensemble. C’est ici la double responsabilité de la photographie de Declan Quinn et du montage de Tim Squyres qui offre à la distribution le piédestal sur lequel elle s’empresse de grimper. De cette caméra à l’épaule approximative mais puissamment libératrice, le film gagne ses joyaux : l’empathie immédiate pour la totalité des personnages, pour la situation, et pour la rédemption que Kym recherche. C’est également le montage qui rythme le long-métrage de ses jump-cuts invisibles mais vrais, laissant à chaque séquence sa respiration, sans jamais ennuyer grâce à une impérieuse concentration sur l’essentiel.

Quant à la musique, c’est celle de Neil Young ou ses dérivés folks le temps d’un bœuf, sujet du documentaire de Demme (Neil Young : Heart of Gold), chantre canadien d’une Amérique renouvelée, un bûcheron-poète qui jamais ne se laisse enfermer, tout en énonçant d’une voix douce et tendre ses vérités.

Ainsi Rachel se marie frôle parfois le miracle lorsque de l’union des forces résulte des séquences vitales : le dîner en est un exemple frappant, les vœux aussi. On souhaiterait d’ailleurs parfois se projeter dans la proposition que fait Demme d’une communication ellipsée et symbolique. Hélas, c’est le propre du cinéma d’intervenir à plusieurs niveaux, d’extraire puis d’imprimer sur pellicule ce qui est et non ce qui semble être. De ce point de vue, Rachel se marie impressionne.

Images : © Sony Pictures Releasing France






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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