En s’attaquant à la vie de Georges W. Bush, le 43ème Président des Etats-Unis qui laissera les clés de la Maison Blanche en janvier prochain, Oliver Stone perpétue sa propre tradition d’observateur politique de son pays, après les biopics déjà consacrés à JFK et Nixon.Un biopic est par définition un film qui fait la lumière sur une personnalité historique, morte ou vivante. La complaisance avec la célébrité (du monde politique, culturel ou sportif) est souvent mise de côté pour dresser le portrait le plus réaliste possible d’un homme ou d’une femme ayant comme tout commun des mortels, ses zones d’ombres.

Or, que reste t-il à dire de George W. Bush, le 43è Président des Etats-Unis d’Amérique ? Pas grand chose, quand on sait que Michael Moore et consorts ont déjà planché sur la question dans de nombreux pamphlets dénonçant l’invasion US en Irak, ou encore la diabolique administration Bush constituée de ses fameux faucons. Le film d’Oliver Stone se lance dans deux combats. Le premier consiste à nous montrer le parcours de Bush Jr, de ses problèmes d’alcool à la fac, à ses sacres au Texas puis à l’échelon national, qui sonnent comme une revanche sur le frère aîné Jebb (gouverneur de Floride), chouchouté par le père Bush (président de 88 à 92). Si les faits évoqués dans cette reconstitution historique sont déjà connus du spectateur avant la séance, ils ont au moins le mérite de ne pas faire tomber le film dans des clichés attendus. Oliver Stone ne décrit pas George W. Bush comme le sombre crétin que le monde entier voit en lui. Mieux (ou pire), il lui confère même une certaine épaisseur en en faisant un self-made-man dans la pure tradition américaine. Les écarts de conduite du jeune homme ont la même fonction que sa future carrière politique : ils figurent la rébellion d’un homme meurtri de ne jamais avoir vraiment reçu la confiance des siens. Restent quand même l’épisode du bretzel pour permettre à ceux qui le désirent de se moquer de Bush, ou encore les scènes montrant W. déstabilisé par les questions des journalistes.

Le deuxième axe sur lequel se penche Oliver Stone est nettement plus intéressant. Il s’agit de la période, entre 2002 et 2004, où Bush et son administration décidèrent d’envahir l’Irak, avec l’épisode des supposées armes de destruction massive. Une nouvelle fois, le film d’Oliver Stone ne nous apprend rien sur cette page importante de l’histoire contemporaine. Les pressions des faucons sur Bush sont un secret de polichinelle. D’un côté il s’agit d’enfin mettre un terme à la dictature de Saddam en Irak, de l’autre de contrôler le moyen-orient et ses productions de pétrole. Plus globalement, on y découvre des hommes politiques (Rumsfeld, Rove...) avides de pouvoir et de conquêtes, et désireux de donner aux Etats-Unis le rôle de "maîtres du monde". Le film propose un regard neuf (puisque inédit) sur la question, grâce à quelques séquences de réunion entre les grands dirigeants du pays.

Les comédiens incarnant les hauts responsables de leur pays sont chargés de caricaturer la situation à l’extrême, pour rendre le plus lisible possible un moment-clé de l’histoire américaine. Colin Powell y est présenté comme le mouton égaré au milieu d’un troupeau d’extrémistes et de cyniques, qui dessinent pour leur pays le contrôle de la planète via la colonisation militaire des principaux pays producteurs de pétrole (on parle souvent de l’Iran dans le film). Powell donc, défend l’ONU, quand Karl Rove, Donald Rumsfeld et Condoleezza Rice, manipulent le président comme l’opinion pour arriver à de cyniques desseins économiques et militaires. Dans ces séquences de réunions, Oliver Stone simplifie les débats et grossit le ton des échanges. Ca en devient même surréaliste de voir le destin d’un pays défigurer par quelques extrémistes politiques qui décident, en quelques minutes, de modifier la donne.
Partagé entre son désir de livrer un portrait réaliste du président Bush, et la nécessité de critiquer l’action de ce dernier en en caricaturant les grandes actions politiques, Oliver Stone accouche d’un film dont tous les tenants et les aboutissants sont connus du public. En découle inévitablement une certaine lassitude. W. a finalement la valeur d’un témoignage préventif (pour que ne pas se reproduise un jour les erreurs du passé) dont la proximité temporelle avec les faits évoqués n’est sans doute pas suffisamment importante aujourd’hui pour lui conférer une nécessaire légitimité. Et puis, la récente élection de Barrack Obama nous invite à nous tourner vers l’avenir, et à oublier au plus vite les huit dernières années...