Avec Don’t Come Knocking et Broken Flowers, le Festival de Cannes 2005 comptait déjà deux films en compétition traitant du thème de la paternité. Le dernier film des frères Dardenne, récompensé par la Palme d’Or, doit-il être ajouté à la liste ? Pas nécessairement...
Contrairement aux deux films précités où l’on voyait des hommes trop vieux pour être pères, les personnages de L’Enfant sont trop jeunes. Il ne s’agit plus ici de confronter un homme à sa paternité, mais de suivre un enfant englué dans l’insouciance.
Cet enfant a 20 ans, il s’appelle Bruno. Sa copine Sonia le cherche partout ; un nourrisson dans les mains. C’est lui le père. "Il est né vendredi à une heure du matin, j’ai pas eu trop mal". Bruno et Sonia vivent dans la misère. Il faut parfois dormir "à l’abris" sous un pont. L’argent va et vient, en fonction des larcins de Bruno qui trafique les lecteurs-CD volés avec de jeunes ados. Nageant dans l’insouciance les deux jeunes gens vivent quelques moments de joie. Une scène insolite les montre se chamaillant dans la voiture et jouant avec le son de l’auto-radio. Mais les escapades en décapotable coûtent cher, alors Bruno prend la décision terriblement inconsidérée de vendre son fils Jimmy.

C’est le début d’un terrible engrenage. Une scène édifiante montre Bruno amenant son fils sur le lieu de la transaction. L’ascenseur ne descend pas. Bruno attend un peu, hésite puis sort Jimmy du berceau et prend les escaliers. Le drame est qu’on ne parvient pas à lui trouver des excuses. Bruno n’est pas complètement demeuré, il a un semblant de conscience, il sait qu’il fait quelque chose de mal, que ça ne plaira pas à Sonia. Mais les deux personnages (Sonia n’a guère que l’instinct maternel en plus) n’ont en fait aucune échelle de valeur. Impossible donc pour eux de faire la part des choses, ils sont prisonniers de l’immédiateté, mais il ne tient qu’à eux de s’en libérer.
Les personnages sont d’un réalisme troublant, mais on regrette un peu que le récit ne s’attarde pas suffisamment sur Sonia qui perd en crédibilité dans la seconde partie du film. La mise-en-scène est sobre et légère, d’une pâleur semblable aux ciels de Belgique, elle participe à la justesse générale mais ne garantit pas l’émotion. L’Enfant n’a rien d’un mélodrame (tant mieux), à part dans la scène de l’auto-radio dont j’ai parlé plus haut, il n’y a pas la moindre musique. On ne pleure pas avec les deux amoureux dans la dernière scène du film, on se dit, soulagé : "Ah, enfin ! Ils ont compris".