Un quadragénaire s’occupant des vieilles du coin : dans une Italie aux cheveux gris, Gianni di Gregorio s’attaque à une histoire qui touche de près ses compatriotes. Son premier long-métrage a d’ailleurs remporté un franc-succès de l’autre côté des Alpes.« La vieillesse, c’est la seule maladie dont on ne peut espérer guérir » disait Orson Welles dans Citizen Kane. Les anciens ne comprennent rien à la technologie moderne, réclament leur place préférée dans les transports en commun, se permettent des caprices…Avouons-le, malgré leurs qualités, on en a parfois marre de nos grands-parents. Mais, honneur familial oblige, les Italiens se refusent à les envoyer à l’hospice.

Ainsi, à Rome, Gianni vit avec sa mère dont il s’occupe affectueusement. Est-ce la cause de son célibat, en pleine cinquantaine flamboyante ? On n’en sait pas plus, puisque son problème principal réside ailleurs : les problèmes d’argent s’accumulent et il achète à crédit… Il ne peut donc pas refuser lorsqu’un « ami » du syndic lui propose de financer les réparations de son appartement en échange de la garde de sa mère, Marina, le temps d’un week-end. Mais Marina vient avec la tante Maria. Et, le même jour, le médecin de famille demande à Gianni de bien vouloir s’occuper de sa propre mamma puisqu’il est d’astreinte à l’hôpital. Ah… un homme et quatre vielles dames. Le tout un week-end du 15 août, jour de fête en Italie.
Gianni doit alors faire face à leurs manies, caprices, chagrins, souvenirs, angoisses et autres lubies : « - Ce soir, mesdames, faisons quelque chose de léger…un bouillon, un bouillon végétal ? – Oui, mais avec du parmesan ». L’homme se débrouille comme il peut et s’affaire. Le Déjeuner du 15 août suit ses pérégrinations et n’est pas trépidant d’actions, la comédie se calant sur le rythme des vieilles grands-mères et d’une Rome inanimée un week-end d’août caniculaire.

Mais Gianni est un personnage étrangement ambigu, qui capte l’attention et suscite bon nombre d’interrogations. S’attache t-il à ces vieilles dames ou reste-il focalisé sur l’argent qu’il reçoit ? Le Dejeuner du 15 août ne tombe pas dans l’écueil des bons sentiments, ni dans le cliché des sages personnes âgées. L’excellent réalisateur-acteur principal s’est inspiré de sa propre expérience, donne à son personnage son propre prénom et toute sa complexité. Quant aux vielles dames - qui ne sont pas des actrices professionnelles, elles se prennent au jeu et se laissent aller devant la caméra. Elles sont elles-mêmes, discutent entre amies. Entre fiction et authenticité, cette touchante comédie est juste, cruelle. Loin de toute fausse naïveté. Cela sent le vécu.
Pour illustrer son propos, le film adopte également une esthétique réaliste qui donne parfois le mal de cœur, mais reste belle. Les lumineuses rues romaines réchauffent le cœur. Le scooter qui y déambule, filmé par derrière, rappelle le Journal intime d’un autre romain, Nanni Moretti… Gianni di Gregorio n’a pas non plus oublié d’accompagner Le Déjeuner du 15 août d’une musique entraînante et de le doter d’un humour irrésistible : pas de doute, on est vraiment dans une comédie à la sauce italienne. Mais on n’ira pas jusqu’à parler d’« un grand retour » du genre, comme le fait l’affiche.