Dans les années 1970, le gouvernement américain fera de nombreux essais nucléaires dans le désert du Nouveau Mexique. Les familles de mineurs qui avaient refusé de quitter les lieux sont aujourd’hui terrassées par les retombées de ces expériences (déformations, consanguinité...). Malencontreusement, la famille Carter s’égare dans cette zone, et devra bientôt affronter les autochtones, mi hommes, mi monstres...Remake du film éponyme de Wes Craven, cette Colline a des yeux version 2006 est signée par un jeune français prometteur : Alexandre Aja. Remarqué par Hollywood à la suite de Haute tension, notre frenchie traverse donc l’Atlantique sans se douter que son film sera un succès public et critique phénoménal. Et pour cause, grâce à une mise en scène exceptionnelle et à des interprètes qui le sont tout autant, ce film d’horreur est un vrai régal.

Devant La colline a des yeux, le spectateur ne s’identifie pas aux personnages. Contrairement à l’exemplaire Creep qui nous faisait partager l’enfer de son héroïne dans le métro londonien, jusqu’au raccord regard final qui pointait le soulagement de tous, Alexandre Aja nous laisse étranger aux déboires de la famille Carter. Nous ne souffrons pas avec elle, mais pour elle et au regard de la terrible violence qui se déchaîne à l’écran. Après une petite demi-heure qui installe tranquillement la diégèse, le dérèglement de cette dernière apparaît lors d’une séquence démentielle : l’attaque de la caravane (où la famille est réfugiée depuis que le 4X4 qui la tracte a crevé) par deux hommes des collines. D’une extrême violence sur les plans moral et physique, cette séquence indique les ambitions d’Aja sur ce film : la représentation de la violence et son utilisation comme arme de déstabilisation du public.
Ce premier temps fort dans le film sert aussi à dépersonnaliser les protagonistes rescapés. Doug, le jeune cadre démocrate, va très vite perdre pied pour devenir violent et sans remords : totalement fou et incapable de penser. Lui qui refusait de porter une arme sera bien obligé pour se défendre d’utiliser une batte de base-ball et un fusil à pompes. La première heure de La colline a des yeux semble donc conçue pour amener trente dernières minutes infernales et jouissives sur plusieurs niveaux.
Tout d’abord, elle nous donne à voir l’incroyable maîtrise d’Aja dans la représentation des moments de tension et d’action. Avec un sens du cadre aiguisé et une très intéressante utilisation de l’espace et des décors (les scènes dans les maisons du village test), Aja arrive à nous faire ressentir la violence faite à son personnage principal. Celle-ci mérite par ailleurs largement l’interdiction du film aux moins de 16 ans, tant elle fait preuve de férocité et même d’inhumanité... Tout sauf humaniste, La colline a des yeux met en scène des combats de monstres qui n’ont aucune limite.

Visuellement, le film est donc réussit. Ses acteurs participent également à son succès, tant ils arrivent à nous convaincre de suivre leur histoire cauchemardesque. Le partage d’émotions fortes au cinéma entre le spectateur et le personnage, est toujours favorisé par la prestation d’un acteur très peu connu qui arrive à rentrer dans son rôle. En plus de talents de mise en scène incontestables, Alexandre Aja se montre un très bon directeur d’acteurs qui arrive à obtenir le meilleur de ces derniers. Jamais La colline a des yeux ne nous paraît surjouée ou pas assez. Et si la surenchère finale de symboles un peu trop lourds peut en définitive nous faire sortir du film, elle n’enlève en rien à la très bonne qualité de ce film d’horreur.