Cet amoureux du cinéma d’auteur français des années soixante tente de reproduire dans Un couple parfait le génie cinématographique d’un Resnais ou d’un Eustache, d’un Rossellini ou d’un Antonioni. Il possède cette foi en un "effet cinéma", croyant en sa capacité de révélateur de la réalité, mais applique des "rites de mise en scène" (l’improvisation, le plan-séquence, le tournage avec deux caméra - une pour les plans d’ensemble et l’autre pour les très rares gros-plans) sans vraiment y croire.Selon sa directrice de la photographie Caroline Champetier (Le Petit Lieutenant), Nobuhiro Suwa a voulu à travers Un couple parfait rendre la dualité du couple. Or, comment rendre l’idée ou le sentiment du couple à l’écran si on laisse les acteurs - aussi bons soient-ils dans le cas de Valeria Bruni-Tedeschi - aussi seuls dans le champs ? L’improvisation a du bon au cinéma et dans le jeu des acteurs, mais pas lorsqu’il est posé de manière systématique, dans l’attente constante qu’il finisse par révéler quelque chose, de la beauté ou un sentiment (idem pour le plan-séquence).

Du point de vue narratif, le film est en partie intéressant. Le couple trentenaire aisé et baignant dans l’ennui le plus total qui fait le centre narratif du film, est en phase de rupture. Cette rupture traîne, Nicolas (Bruno Todeschini) étant dans un premier temps sûr de son choix, et le film piétine au rythme de l’attente des deux personnages que - l’éventuelle - force de leur sentiment tranche la question à leur place. Aussi inutilement longue soit-elle, cette latence est néanmoins une des choses les plus intéressante du film : après quinze ans, cet homme et cette femme marinant dans l’ennui ne savent plus ce qu’ils éprouvent et attendent le réveil de leurs sentiments. Mais quand Resnais ou Antonioni filmaient ce type de personnage, il y avait une beauté et une réelle efficacité dans la manière de filmer l’ennui, accompagnées un certain regard critique.

Un couple parfait est l’oeuvre morte-née d’un amoureux aveugle du cinéma. Rien ne peut émaner de ce film qui semble pendant une heure quarante-quatre attendre que quelque chose se révèle. Tout y est mort, décoratif (même les personnages secondaires) et le vide qui peut être un délice chez certains cinéastes, comme Gus Van Sant, y est ici une véritable perte de temps. Comme Valeria Bruni-Tedeschi dans le film qui se pose dans la contemplation d’oeuvres passées - en l’occurence les sculptures passionnées de Rodin - et se laisse émouvoir par elles parce qu’elle y colle ses propres envies de sentiments sans vraiment saisir le sens profond et propre de ce qu’elle ne fait que voir, Suwa admire les maîtres qui l’ont précédé mais sans avoir un rapport réel et fructieux au cinéma, alors qu’il en a sans doute les capacités. Mais ici, il ne fait lui-même qu’attendre. Et nous aussi...