(500) jours ensemble (Un film de Marc Webb)
La forme sur le fond
Par Othman El Maanouni, le 16 novembre 2009 2009
Jouant cartes sur table, les scénaristes et le réalisateur Marc Webb, bien avisés, ont engagé une recherche sur le comment, se débarrassant du pourquoi. De cette mise en jeu initiale semble être née l’idée de conter une relation qui ne sera pas amoureuse, à durée définie et qui finalement servira de prétexte à la partie romance de la comédie.

Le film oscille donc entre comédie romantique british, portée à ses cimes par Richard Curtis, et film indépendant « classique », où le ton est toujours incertain et où le comique de situation prévaut.

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Curieuse chronologie que celle développée d’emblée par le récit qui ne commence ni par la fin, ni par le début de cette relation non amoureuse. Construit sur les nombreux va-et-vient entre les jours de la relation (qui en compte 500 au total, d’où le titre), le film démarre en trombe puis se déroule, jalonné régulièrement par des cartons graphiques affichant le jour de l’histoire et colorés selon « l’humeur » de celle-ci. Ce compte à rebours est le deus ex machina formel du film et ainsi son principal intérêt. Michael Weber, co-scénariste du long-métrage, résume d’ailleurs son procédé de manière imagée : « juxtaposer les moments où [l’on] est en haut de la montagne, et ceux où l’on est au fond du gouffre. »*

Fameuse catch phrase du cinéma indépendant américain, « boy meets girl » est ici dynamitée par l’annonce faite au spectateur qu’il n’y aura pas de résolution heureuse entre Tom (Joseph Gordon Levitt) et Summer (Zooey Deschanel). Les deux personnages sont d’ailleurs mi dos-à-dos, établis dans l’impossible, dès le générique d’ouverture : à gauche la jeunesse de Tom, à droite celle de Summer, entre les deux une frontière noire, celle du split screen. Ce procédé sera d’ailleurs réutilisé de manière très efficace lorsqu’à un point du film Tom essaiera de reconquérir Summer, donnant lieu à la séquence la plus émouvante d’une œuvre qui finalement en compte peu.

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Puisque ce n’est pas une histoire d’amour, ce sont les procédés de mise en scène, parfois conventionnels, parfois innovants, qui insufflent leur rythme au film de Marc Webb. Ce sont également ces petites trouvailles qui, dans une fuite en avant vers le retour à un récit linéaire, finiront par plomber la dernière demi-heure qui pâtit d’un retour brutal à une chronologie plus traditionnelle. Néanmoins la plus grande surprise à ce stade avancé réside dans le jeu, au diapason, des deux jeunes acteurs principaux. Si Joseph Gordon Levitt reste quelque peu classique, dans un rôle un peu gauche mais très attachant, Zooey Deschanel confirme les prémisses de talent dévoilées dans ses rôles précédents (dans la série de Showtime, Weeds, dans Yes Man cette année ou même dans The Happening de M. Night Shyamalan l’année dernière), c’est-à-dire une capacité étonnante et remarquable à la pudeur autant qu’à l’extraversion. Le formidable vivier d’acteurs aux Etats-Unis n’est pas prêt de se tarir, correctement dirigés (sans parler d’exceptionnel) ils supportent parfois à eux deux tout l’attrait du film.

Même si les « trucs » sur lesquels repose le film se tarissent à mesure que cette non histoire d’amour se dirige vers son extinction, la sincérité du propos n’est finalement jamais remise en question. Parfois de justesse, les petites innovations donnent au film un cachet de feel good movie suranné, entériné par une bande originale classique (Feist, The Smiths, Regina Spektor) mais adaptée, et c’est souvent le sourire du spectateur qui sauve les petites maladresses de certains choix (le noir et blanc notamment). Le véritable intérêt du film est en fait la manière choisie de raconter une rencontre, la forme sur le fond. Cela ne suffit pas pour garantir la modernité du film. En revanche, comme œuvre contemporaine, (500) jours ensemble se suffit à elle-même, avec pour seule destinée de faire passer du bon temps à des spectateurs tirés de leur ennui quotidien ; c’est également admettre que certains chemins ne sont pas des buts en soi.

* Source Script Analysis : Scott Neustadter & Michael Weber

Images : © Twentieth Century Fox France






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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