L’Ivresse du pouvoir (Un film de Claude Chabrol)
La justice aux gants rouges
Par David Honnorat, le 6 mars 2006 2006
S’inspirant plus ou moins de l’affaire Elf, Chabrol nous livre un film de personnages confrontés à l’exercice du pouvoir et à ses dérives. Le lien avec la réalité, dont il se défend ironiquement par un message au début du film, ne doit finalement pas constituer l’intérêt principal du film.

Jeanne Charmant Killman est une juge d’instruction dans la force de l’âge et jouée par une brillante Isabelle Huppert. Travaillant sur une grosse affaire de malversations financières, les cadres sup véreux se succèdent dans son bureau. Aux prises avec ceux qui détenaient le pouvoir et en ont abusé Charmant Killman commence à y prendre goût. Victime d’un accident de voiture probablement du à un sabotage, la juge est surveillée jour et nuit par deux gardes du corps, ce que le mari ne peut supporter très longtemps. Alors rapidement elle le quitte, lui qui précisément est le seul personnage du film à ne pas supporter le pouvoir, pour s’installer seule dans un petit appartement.

Face aux multiples pressions, venant des accusés, du nouveau président de l’entreprise, mais aussi de sa propre administration, Charmant Killman reste digne et serre ses poings gantés de cuir rouge. Sur ses lèvres un sourire constant, ou presque, trahit sa jubilation.

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Au début du film une longue séquence montre la déchéance de Monsieur Humeau (François Berleand). D’abord confiant et fier il est montré PDG au sommet de sa tour faisant face avec aisance à ses responsabilités. Puis, il prend l’ascenseur, et, arrivé au pied de la tour, il est emmené par la police et incarcéré. On assiste à cette humiliation sans vraiment en connaître les raisons jusqu’à l’entrée en scène de Madame Charmant Killman.

Très intelligemment, Chabrol commence par montrer la jouissance de la juge à humilier les hommes (en fait presque tous les hommes, même son mari et le président du tribunal). Puis il justifie cette humiliation dans le sens de la justice, seule chose importante aux yeux de la juge. Ceux qui s’écartent de la justice lui sont odieux, ils doivent être traités en ridicule.

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"Je me fous de l’image de la justice, ce qui m’intéresse c’est la justice." dit-elle. Mais alors à quoi s’intéresse Chabrol ? Se fout-il lui aussi de l’image de la justice alors même que son film propose une certaine image de la justice ? En fait, il semble qu’il s’en moque. Le film dénonce avec cynisme la distance entre les magouilles politico-financières des "grands de ce monde" et l’image d’Epinal d’une justice aux yeux bandés tenant en ses mains l’intangible balance. La justice de Chabrol n’a pas les yeux bandés, c’est Jeanne Charmant Killman, intransigeante mais lucide.

Mais l’essentiel est de montrer à quel point tout ceci est une vaste blague. En jouant sur les noms des personnages (Charmant Killman, Sibaud, Parlebas) et en filmant les entretiens avec la juge comme des sketches toujours plus pathétiques, Chabrol y parvient parfaitement. Comble de l’ironie, le message affiché au tout début du film qui annonce que "toute ressemblance avec la réalité serait, comme on dit, fortuite". Ajoutons que ce beau sens de la dérision est servi par une grande maîtrise formelle ; plan-séquences et recadrages contribuent à une envollée filmique parfaitement jubilatoire.

Images : © Pan Européenne Edition






Pour la sortie du nouveau film de M. Night Shyamalan, l’excellent Phénomènes, la rédaction de Fin de Séance a concocté un nouveau Top 5 sur le thème du suicide :

  1. Les ados de Virgin Suicides de Sofia Coppola
  2. Le culte Harold et Maude de Hal Ashby
  3. Le suicide de Belmondo dans Pierrot le fou de Jean-Luc Godard
  4. L’honneur des soldats japonais dans Lettres d’Iwo Jima de Clint Eastwood
  5. Le suicide de Grosse Baleine dans Full Metal Jacket de Stanley Kubrick

Sans oublier le méconnu Suicide Club de Sion Sono, et l’hommage rendu à Kurt Cobain par Gus Van Sant dans Last Days



Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
- Cinémas indépendants acceptant la carte Le Pass
- L’Institut Lumière à Lyon
- La Cinémathèque de Toulouse
- Le Ciné-Club de Caen

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