Public Enemies (Un film de Michael Mann)
La nuit lui appartient
Par Julien Hairault, le 25 juillet 2009 2009
Michael Mann n’en finit plus, à l’image des frères Coen, de Scorsese, ou de Paul Thomas Anderson, de scruter les grands mythes américains ainsi que leurs résonances dans l’histoire du pays. Toujours très au fait des dernières possibilités technologiques offertes pas le numérique haute définition (sur lequel il travaille depuis Ali), et plus que jamais attaché au genre policier, le cinéaste nous livre ici l’un des plus grands films de l’année, qui sans quelques longueurs, aurait pu prétendre à un titre bien plus honorifique encore.

En s’attaquant aux dernières années de la vie du bandit John Dillinger (Johnny Depp), célèbre braqueur de banques au grand cœur adulé par tous ses concitoyens, et pourchassé par Melvin Purvis (Christian Bale) du FBI, et le président Hoover (Billy Cudrup), Mann s’intéresse à une icône populaire, l’un des premiers "ennemis publics" de l’histoire (après Al Capone, intouchable pendant cette même période, au début des années 30), et donc ni plus ni moins qu’une légende ! C’était déjà le cas avec Ali, ou indirectement avec Le Dernier des Mohicans : rendre hommage à des pionniers en filmant leus parcours, afin de mieux dresser le portrait des Etats-Unis.

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Public Enemies partage de nombreuses singularités avec l’excellent There Will Be Blood de Paul Thomas Anderson, sorti l’an dernier. Au delà de la biographie de ces self-made-men ayant su tirer profit des failles d’un système convalescent chez Mann, ou encore à bâtir chez P.T.A., c’est la faculté inouïe des deux cinéastes à filmer des décors mythiques, ceux des campagnes et des territoires désertiques, qui émerveillent. Ces deux métrages tirent ainsi chacun de leur côté vers le western, ce que la caméra haute définition de Mann magnifie encore davantage avec ce ciel bleu sidérant, comme on ne l’avait encore jamais vu jusque-là au cinéma. Ce même outil numérique accouche de séquences nocturnes d’une grande clarté, où les éclairages publics comme les coups de feu tirés par armes automatiques crèvent littéralement l’écran. Plus généralement, la mise en scène de Public Enemies est incroyablement sophistiquée, et souligne la grande classe du cinéaste, capable d’alterner des plans d’ensemble et des très gros plans (maniéristes à souhait). Il peut aussi embarquer sa caméra dans le tumulte d’un casse ou d’une évasion, et oser des travellings d’une grande fluidité qui accompagneront l’exécution programmée de Dillinger.

Michael Mann doit composer avec cette étiquette de cinéaste de la nuit, mais s’autorise quelques belles sorties diurnes : la plupart des séquences de hold-up et d’évasion ont ainsi lieu au grand jour, relevant au passage le brio des interventions de Dillinger. Reste que les deux grands morceaux de bravoure du métrage apparaissent à la nuit tombée. Le premier, situé au coeur d’une fôret dans une auberge, où se sont réfugiés Dillinger et son complice d’un jour Baby Face Nelson après un braquage sanglant (contraire aux habitudes de notre héros), est le théâtre d’une fusillade musclée avec les agents du FBI : fusillade qui aboutira sur la mort de Nelson, et la nouvelle fuite de Dillinger. L’autre temps fort du film est celui qui ponctue ce dernier, et fait abattre le protagoniste principal (tué par la police à la sortie d’un cinéma où il venait de voir L’Ennemi Public n°1 avec Clark Gable, film en partie inspiré de la propre vie de Dillinger). On retrouve dans ces deux séquences anthologiques, dignes des plus grandes scènes de la filmographie de Mann (de la fusillade de Heat aux combats de boxe de Ali), toute la verve chorégraphique de ce dernier.

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En plus d’asseoir pour de bon son titre de réalisateur le plus classe outre Atlantique actuellement, Mann confirme son aise à diriger ses comédiens, en titant le meilleur d’eux-mêmes. Si Depp semble ne pas se transcender tout en prenant pleinement la mesure du rôle, Christian Bale (définitivement l’un des plus grands acteurs du moment), et même Marion Cotillard (époustouflante dans la toute dernière scène du métrage, confrontée à celui qui a tué l’être qu’elle aimait) nous offrent d’excellentes prestations. Du genre à ne rien laisser au hasard, Michael Mann fabrique ses films à l’ancienne, en s’entourant des meilleurs techniciens du moment, mais en gardant en tête l’incroyable modernité de ses réalisations numériques. Public Enemies est de ces genres de fresque historique où toute la modernité du cinéma s’allie aux "trucs" d’antan, à l’image de cet éclairage au fumigène pratiqué sur le tarmac de l’aéroport et dans la rue après l’assassinat de Dillinger, et qui n’était autre que l’ancêtre du flash pour les photo-reporters de l’époque. Ainsi, Michael Mann ne fait pas que rendre, film après film, un hommage appuyé à ceux qui construisent l’Amérique et ses mythes, il rend compte également de ces hommes et femmes qui furent témoins de ces grandes destinées (on se souvient d’ailleurs que l’un des plus beaux personnages d’Ali était le journaliste sportif incarné par Jon Voight). Ces hommes-là sont aussi importants que les légendes qu’ils aident à façonner...

Images : © Universal Pictures International France






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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