L’humour et les médias sont les baromètres de la démocratie, et c’est à travers ceux-ci et principalement la télévision et ces émissions humoristique que l’on peut prendre le pouls de la démocratie en Europe et de l’usage sans contrainte de la liberté d’expression. C’est ce que nous donne à voir Sabina Guzzanti avec son documentaire réalisé en réaction à la censure de son émission satirique Riot, dont la diffusion a été suspendue sur une des chaînes publiques de "Benito" Berlusconi (la Rai) car elle traitait de politique dans ses sketches et était hostile à Silvio Berlusconi. Constat dramatique d’un nouveau fascisme galopant."Il n’y a pas de censure en Italie, mais juste une baisse du pluralisme" affirme l’un des politiciens à qui Sabina Guzzanti donne la parole alors que la sienne a été sèchement mise sous silence sur la Rai. Y a-t-il encore une place pour la liberté d’expression dans les medias italiens ? Connaissant très bien la réponse à la question, l’humoriste Sabina Guzzanti essaie de comprendre les motifs de la suspension de son émission, au fil d’un constat amer où elle s’entend dire comme prétexte à l’évincement de son show Riot, qui avait pourtant du succès, que la satire n’est pas faîte pour traiter de politique mais doit juste divertir le peuple.

Le talent d’humoriste de Guzzanti laisse place dans ce film à un écoeurement permanent à l’écoute des propos de ses censeurs dont chaque parole venant justifier la suppression de son émission sonne comme un mensonge éhonté et une mauvaise foi pétrie de fierté. La satire, rappelle un universitaire, genre littéraire d’origine grecque, se veut être un récit humoristique touchant à la politique et est voué à donner à voir au public les absurdités de la politique.
Le constat des amputations faîtes à la liberté d’expression en Italie ne sont pas sans effrayer, surtout quand il est question de la neutralité du paysage politique italien, au sein duquel il n’y a plus de différence visible entre la gauche et la droite, celles-ci s’accordant derrière des questions économiques et financières. Et puis au contraire, il y a les références aux émissions satiriques des chaînes françaises telles que Le Vrai Journal de Karl Zero ou Les Guignols de l’info au cours desquels Jacques Chirac peut-être assassiné "pour rire" et symboliquement dans un pastiche d’une scène de Pulp Fiction.
Enfin il y a ce soulagement final, quand plusieurs milliers de personnes se sont rassemblés pour assister à la dernière émission de Guzzanti sur écran géant - non retransmis sur la télévision italienne - en soutien à l’humoriste et comme manifestation pacifiste en faveur de la liberté d’expression.
Ce film témoigne indirectement d’une partie de la réalité européenne : l’Europe n’est pas forcément l’idéal démocratique auquel on aimerait bien nous faire croire, et dans cette voie-là, l’Europe est encore en construction. Guzzanti quant à elle, comme l’indique le titre, regarde droit vers l’Espagne, où le premier ministre socialiste Jose Luis Zappatero a instauré une loi interdisant l’élection des chefs des chaînes publiques par le gouvernement et garantissant l’indépendance de ces chaînes par rapport au pouvoir.
Grignoter des bouts de liberté d’expression est déjà dramatique en soi, mais limiter également cette part de liberté qui passe par l’humour est intolérable.