Saul est le dealer de Dale. Ce dernier, témoin d’un meurtre commis par la police, revient chez le premier, et prend la fuite avec lui, persuadé que les auteurs du crime sont sur leur piste, à cause d’un mégot de joint laissé sur place.Ce n’est peut-être pas la comédie de l’année, mais Délire Express fait un bien fou par où il passe ! Le réalisateur David Gordon Green nous livre une comédie d’action dans la pure tradition de l’écurie Apatow, avec tout ce que l’étiquette convoque de qualités et de défauts.

Déjà, le métrage est la confirmation du talent énorme de Seth Rogen, comédien d’exception et scénariste surdoué, que l’on avait découvert dans le magnifique En cloque, mode d’emploi l’année dernière. James Franco (vu dans la série SpiderMan), lui tient la réplique avec autant d’adresse. Définitivement, l’amitié masculine traverse l’œuvre du producteur Appatow. Supergrave allait déjà dans ce sens. Mais ici, les personnages sont adultes, cousins éloignés du personnage que joue Anna Faris dans Smiley Face de Greg Araki, autre film guidé par la consommation d’herbes et les conséquences délirantes qui s’en suivent.
Délire Express suit donc les aventures rocambolesques de Dale et Saul, dans un style parodique qui place le cinéma au premier plan. Nos deux anti-héros sont davantage des acteurs dans le film que de simples personnages livrés à eux-mêmes dans une invraisemblable intrigue. Leur quotidien respectif n’est d’ailleurs qu’un vaste terrain de jeu de rôles où les costumes s’enfilent en fonction de l’interlocuteur et de la situation. Ainsi, détail comique hilarant, Saul reçoit chez lui ses clients sur fond de gangsta-rap alors qu’il n’en écoute pas autrement, histoire de se donner les airs de dealer normé. Quant à Dale, il est employé par des huissiers de justice pour annoncer la mise en examen d’hommes et femmes, et se présente face à ces derniers toujours déguisé... Délire Express n’est rien d’autre, comme n’importe quelle parodie (et Tonnerre sous les tropiques en est le plus bel exemple de l’année), qu’un film sur le cinéma.

Un film de et sur le cinéma, où l’acteur y est magnifié. Le moindre second rôle a son moment de gloire, sa réplique choc amenée à devenir culte. Délire Express enchaîne ainsi les bons mots, et fait valoir la justesse d’une écriture profondément comique et divertissante, qui n’a pas d’égale aujourd’hui sur la planète cinéma. Vulgaires, grossiers, débiles, souvent géniaux, les dialogues du film sont d’une précision chirurgicale qui fait mouche à chaque fois, du prologue historique qui nous ramène en 1945 en temps de guerre, à l’épilogue potache où les survivants d’une journée passée en enfer rejouent les scènes clés du jour écoulé (du film donc).
Peu importe que dans sa générosité, le film finit par lasser dans l’interminable séquence de baston où tous les bélligérants se retrouvent pour régler leurs comptes. On ne retient que la drôlerie incontestable de gags sidérants (le pied dans la pare-brise restant LE gag du film, de l’année ?), et l’attachante description d’une bande de types, de potes en devenir, qui nous rappellent que dans la tribu Apatow, les sentiments et la chaleur humaine sont aussi indispensables que le reste, sinon primodiaux. Ce détail fait aujourd’hui toute la différence, et souligne de nouveau l’importance de cette famille de cinéma.