Sun Woo, jeune homme haut placé dans une entreprise, est chargé par son patron de suivre Hee Su, une jeune femme qui est la maîtresse de ce dernier, et qui aurait une aventure avec un autre homme.A la lecture d’un tel synopsis, qui est celui donné officiellement par la production du film : on pouvait s’attendre à un nouveau film asiatique sous le signe de la romance tendre et paisible. En fait il n’en est rien, et la scène d’action qui intervient dans le premier quart d’heure remet les pendules à l’heure. A bittersweet life est signé par Kim Jee-Woon, auteur du film d’horreur Deux Sœurs.

Si les quarante-cinq premières minutes du film mettent en avant la relation en pointillés entre Sun Woo et Hee Su, ce n’est que pour souligner des moments de bonheur trop courts et qui finissent mal : comme pour annoncer l’enfer à venir. Cette première partie semble donc tourner en rond. D’autant plus que très vite, la belle Hee Su est écartée du film pour laisser la place à l’histoire de règlement de comptes. A bittersweet life tombe alors dans une routine violente qui semble être au final l’unique intérêt de son réalisateur. Pendant plus d’une heure : le film enchaîne les scènes de violence gratuite (un plan sur un visage partiellement détruit par une balle ne laisse pas indifférent) au sein d’une surenchère qui atteindra un finale paroxystique.
Ce dernier est également le point culminant de la référence cinéphilique du film : Kill Bill de Tarantino. A bittersweet life est le premier exemple dans le cinéma asiatique d’un hommage rendu au cinéma d’action américain, lui même fortement influencé en ce moment par son homologue d’extrême orient. Kim Jee-Woon boucle une boucle référentielle : et inscrit plus son film dans une démarche théorique et esthétique, que purement spectaculaire. Le coup de génie de Kim est de clore les débats par une pirouette scénaristique totalement jouissive, qui crédibilise les actions du personnage principal pendant les deux heures précédantes. A bittersweet life assume alors après coup sa démonstration de violence gratuite. Mieux, le film en fait le point central de sa vaste parade, et provoquera forcément des réactions négatives à son égard.

Dans un cinéma coréen effervescent et mis en lumière dans toutes les cinémathèques du monde entier, A bittersweet life s’impose comme un polar ultra violent et stylisé (les décors étant de Ryu Sung-hee, déjà responsable de ceux d’Old Boy et de Memories of murder) : emprunte temporelle des questions qui traversent cette cinématographie en pleine modernité. La violence gratuite et radicale du film trouve un écho dans une mise en scène pleine d’inventivité et d’audace. A ce titre, le travail formel de Kim Jee-Woon n’a rien à envier à ceux des réalisateurs hollywoodiens. Sauf qu’aux Etats-Unis, on rechigne encore un peu à montrer en gros plan le visage d’un homme écrasé contre un mûr... Dans A bittersweet life, cette scène est presque le programme du film. La violence n’est que second degré, mais à posteriori. De quoi faire naître d’interminables débats...