Océans (Un film de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud)
La vie aquatique
Par Morgane Pichot, le 6 mars 2010 2010
Des images à couper le souffle, éloge de la nature, de la diversité et même de l’étrangeté, on avait presque déjà vu, en moins bien. Mais Océans est un film bien plus novateur que ça. Comme Microcosmos il y a presque 15 ans sur le monde des insectes, ce film balaie d’un revers de la main tous les passages obligés, et ne fait rien de moins que réinventer le documentaire animalier, version sous-marine cette fois-ci.

Malgré un postulat scénaristique (expliquer à un enfant ce qu’est l’océan...) moralisateur et agaçant, Océans est loin d’être la version aquatique du Home de Yann-Arthus Bertrand ou de Nos enfants nous accuserons de Jean-Paul Jaud. Faisant preuve de véritables partis pris de mise en scène, il offre dans son genre une révolution visuelle à même de défendre avec intelligence et subtilité les notions de respect et de protection que la voix-off martèle avec moins de finesse et d’innovation.

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Question de démarche, d’échelle et d’idéal, ici on ne voit pas le poisson ou le dauphin depuis le pont d’un bateau, mais le bateau depuis l’animal... On ne surplombe pas, et on n’intervient pas. C’est grâce à une petite torpille portant une mini-caméra que les plans parmi les plus époustouflants ont pu être enregistrés, un plongeur ne pouvant s’insérer l’air de rien dans un banc de poissons ou suivre les 10 à 25 noeuds qu’atteignent les mammifères marins. Si Le monde du silence est depuis 1956 le modèle du genre, il semble bien que ses plongeurs en short appâtant les poissons, s’abritant dans une cage à l’approche d’un requin, aient définitivement pris un coup de vieux. C’est bien quand le plus grand prédateur, l’Homme, se fait oublier, qu’on peut avoir une idée de la "force de la vie qui peut exister dans la mer" (Jacques Perrin).

Les moyens techniques expliquent donc en partie la qualité du film, mais il faut également ajouter à cela un plongeur, qui n’apparaît donc que très rarement, juste pour donner une idée de la taille impressionnante des animaux, puis faire un face à face et nager quelques longueurs à l’unisson avec un grand requin blanc de 6 mètres... L’océan n’abrite donc pas de monstres mythiques, le requin mange l’otarie, l’orque le phoque, le dauphin le poisson mais le film ne prend pas ici le point de vue successif et classique du lion ou de la gazelle mais simultanément du prédateur et du chassé et les magnifient ensemble dans un ballet majestueux (très belle bande originale même si sur ce point Le monde du silence reste indépassable).

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Chaque animal, "pris du dessous des ailerons, des nageoires, des ouïes" (Jacques Perrin), ou de profil, envahit l’écran. Gueules béantes des baleines, ondulations colorées des pieuvres et méduses, Océans ne se contente pas de donner à voir, il "dresse le portrait", veut faire "comprendre comment l’animal se meut" (Jacques Perrin). Ici, pas d’humanisation de l’animal, on ne parle ni de sentiments ni d’instincts mais il y a de l’émotion, tantôt la curiosité et la méfiance d’un phoque qui hésite à plonger sous l’oeil de la caméra, des femelles morse et baleine qui prennent leurs petits sous leurs nageoires, de nombreux regards directement adressés à l’objectif, et jusqu’au requin, aileron, nageoires et queue coupés par un pêcheur qui l’a rejeté à l’eau pour une longue agonie sanguinolente. Séquence rouge vif hallucinante de massacres, dauphins et baleines, mais aussi tortues et poissons cherchant en vain à trancher les filets de pêche.

Somptueux cri de colère que ce film qui commence et se termine par une mer déchainée. Hymne à la multitude et à la vie (mouvement permanent de la torpille-caméra qui devient, comme un poisson, incapable de rester immobile) de ces choix de mise en scène, de cadrage, et d’un montage qui refuse toute classification, tout ordre préétabli.

Images : © Pathé Distribution






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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