Tonie Marshall, réalisatrice de Venus Beauté, film aux quatre césars en 1999, sort actuellement son onzième long-métrage, Passe.Passe. Sur fond de road-movie, ce film allie gaiement des accents de comédie, de course poursuite et de psychologie. Darry Marzouky (Edouard Baer), prestidigitateur au chômage, dérobe la voiture de son beau frère Max (Joey Starr) ; et croise la route d’Irène Montier Duval (Natalie Baye), en fuite pour avoir servi d’intermédiaire dans une histoire de marchandage d’armes.Le casting est attirant et surprenant a la fois, mais les performances sont très inégales. Édouard Baer et Nathalie Baye jouent pleinement et justement leurs personnages. Guy Marchand interprète Pierre Delage ; ministre de l’environnement, fidèle à lui même et sans surprise. Le rôle de Joey Starr abuse et se joue des clichés attachés au chanteur de N.T.M. ; qui deviennent comiques à force d’être amplifiés a l’extrême. Hélas, la composition théâtrale et le surjeu de Mélanie Bernier (qui interprétait Bijou dans la série TV "Venus ; Apollon", adaptation du film également réalisée par Tonie Marshall) nuit à son personnage de (Sonia Yacovlev). Quant à Sandrine Le Berre (Carine, la femme de Max), elle est ne parvient pas à influer une dimension comique aux stéréotypes de son rôle de femme au foyer soumise .

Le scénario est plutôt bien ficelé, même s’il s’essouffle dans la durée à cause de rebondissements assez faiblards et attendus. L’idée et sa démonstration sont tellement rocambolesques que le spectateur ne s’attache pas aux enjeux de l’action. La cinéaste semble en effet souhaiter (et c‘est plutôt de bonne augure) donner de la profondeur à ses personnages, parfois au détriment de l’avancée de l’intrigue et de sa prise en compte par le public. D’un coté, la mère de Baer (Madeleine par Bulle Ogier) atteinte d’Alzheimer, qui apporte sa touche sentimentale et touchante au film. De l’autre, la jeune Sonia, atteinte du syndrome de la Tourette, qui apporte la tonalité comique avec ses insultes incontrôlées et tirées par les cheveux. Entre les deux, les personnages de « gardes du corps », parodies à eux seuls des films de gangster…A force d’individualiser, donner une histoire et des spécificités à chaque personnage, le récit perd peu à peu en efficacité et lasse. La conséquence la plus malheureuse est l’aspect un peu fourre-tout du scénario. Le discours critique à l’égard de la politique et la question de l’environnement font aussi partie de ces thèmes ajoutés par-ci par-là, sans jamais bénéficier d’un traitement en profondeur. Sans parler des plans larges sur Paris et Lyon, ou des gros plans sur les pneus de la voiture qui freine brusquement…sans grand intérêt, si ce n’est de remplissage.
La comparaison entre la première scène de rencontre des deux personnages principaux et la dernière scène du film met en avant cette décomposition progressive du scénario qui passe de leitmotiv à simple motif. La mise en scène de la première scène réunissant Darry et Irène s’appuie sur l’effet de la profondeur de champ, la question du point de vue et la surprise. A ce niveau du film, l’histoire et les personnages se desservent mutuellement, en symbiose avec la réalisation, qui ne cessera ensuite de se ternir. A fur et à mesure de l’avancée du film, la fuite d’Irène devient un prétexte à la réunion des deux personnages. Finalement, le dénouement est assez décevant, ils se séparent quand le problème d’Irène se résout, procédé assez grossier pour mettre fin au film, quand son développement a consisté essentiellement à ne s’attacher qu’à l’évolution du rapport entre Edouard Baer et Nathalie Baye.

Cependant, le principal problème de ce film, autrement plutôt sympathique et sans prétention, est sociologique. En effet, le traitement du scénario et la mise en scène ne peuvent viser ni un public franchement populaire comme celui de Disco ou Bienvenue chez les chtis, ni un public cinéphile qui aime le cinéma français d’auteur (Desplechin...). Autrement dit, un film qui reste sur le bord de la route, à l’image du sac d’Irène…Un entre deux que Venus beauté institut avait su contourner en réunissant les deux publics.