"Le Concert", "Cinéman", "2012", "Sin Nombre", "Rapt" (Notules Décembre 09)
Par La Rédaction, le 10 décembre 2009 2009 - automne - 11:08
Retour cinq films qui ne laisseront pas de souvenirs impérissables dans l’histoire du cinéma : Le Concert, Cinéman, 2012, Sin Nombre, et Rapt...

LE CONCERT de Radu Mihaileanu

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Andrei Filipov est un grand chef d’orchestre, mais quand il refuse de se séparer de ses musiciens juifs, Brejnev le garde au Bolchoï pour … faire le ménage ! 30 ans plus tard, alors qu’il astique le bureau du directeur, il intercepte par fax un courrier du Théâtre parisien du Châtelet qui invite l’orchestre moscovite pour une représentation. En secret, il reforme donc son ancien ensemble et part à Paris pour la soirée de sa vie. Radu Mihaileanu reste fidèle a lui-même (Va, vis et deviens) avec ce récit d’une vie malmenée sous les coups de la grande Histoire. Déjà en 1993, il revenait avec Trahir sur la persécution communiste, et son mépris des intellectuels et des artistes. Le réalisateur s’appuie sur la force intimiste de son scénario pour faire ressentir la frustration, la douleur, la folie et l’atmosphère de délation suscités par le régime. Flashs-backs oniriques à grand renfort de noir et blanc et de flous, gros plans ultra expressifs : la mise en scène se met totalement au service de l’émotion et c’est là qu’on peut lui reprocher un manque de subtilité et d’originalité, d’où la rupture entre la réception enthousiaste du public touché par l’histoire et le personnage, et celle un peu plus froide de la critique un peu agacée voire ennuyée. Cependant, les acteurs sont bons et même le cote kitsch qui pourrait paraître cliché laisse place a une scène drôle de mariage entre de nouveaux riches russes, vulgaires à souhait. Aussi imparfait (deux musiciens en retard et un très mauvais), mais pas aussi transcendant que sa représentation finale, Le Concert parvient tout de même a émouvoir, et le cinéma c’est surtout ça.

par Morgane Pichot

CINÉMAN de Yann Moix

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On avait de quoi attendre un excellent film à la vue du pitch de Cinéman. La déception fut énorme. Régis Deloux, professeur de mathématiques à Montreuil-sous-Bois, se fait un jour piquer par une broche ayant appartenu à l’actrice ayant incarné Sissi. Il se découvre la faculté d’aller et venir dans différents films. Ce métrage était parfait pour tout cinéaste profondément cinéphile cherchant à s’épanouir dans sa passion. Néanmoins, Yann Moix met en scène une simple succession de saynètes, sans cohérence (ce qui fait certes sourire par la surprise, mais manque clairement de signification), faisant référence à Leone, Kubrick et Scorsese en passant par Michael Curtiz, Mankiewicz, Harold Lloyd ou encore Michael Powell (et une brève mention à l’égard de Wiene). Les semblants d’hommages sont pléthoriques et mal exploités au sein d’un film qui ne se suffit pas à lui-même, malgré une reconstitution esthétique parfois plaisante (Dubosc en Eastwood notamment). Frank Dubosc est étouffant, il n’a pas créé de personnage original mais incarne une fois encore le personnage qu’il joue inlassablement (le séducteur looser). On est loin d’un Bernard Frédéric ! Ses comparses sont futiles, surtout le personnage principal féminin, absolument insignifiant. Yann Moix perd toute la susceptibilité comique qui avait fait le succès de Podium. A noter la désastreuse doublure de feue Lucy Gordon. On espère de tout cœur que Yann Moix remontera la pente mais la barre est très haute puisque la rumeur court sur un projet d’adaptation du chef d’œuvre de Céline : Voyage au bout de la nuit, dans lequel il serait impliqué.

par Jean-Eudes Durand

2012 de Roland Emmerich

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On le savait avant d’acheter le ticket de cinéma, 2012 vaut le détour pour ses effets spéciaux mais certainement pas pour ses prouesses scénaristiques. Après Independance Day (1996) et Le Jour d’après (2004) Roland Emmerich remet le couvert pour une énième apocalypse : séismes énormes, tsunamis gigantesques, sortie de magma de la terre, toutes les catastrophes naturelles les plus spectaculaires sont au menu. Si la forme est soignée (effets spéciaux excessivement impeccables), le fond est cruellement négligé. On suit la fin du monde à travers les yeux d’un héros, avec un semblant de déjà-vu (séparé de sa femme, looser auprès de ses enfants, jaloux de son remplaçant conjugal, écrivain raté), qui sauve sa famille (et l’humanité au passage) comme si de rien n’était. Les questions existentielles sont soit oubliées, soit passées succinctement en revue comme par obligation (le problème de l’individualisme se résout en moins d’une minute). Quant au gentil président américain qui se sacrifie patriotiquement au profit de ses concitoyens, à l’ex-femme du héros qui tombe passionnément dans ses bras quelques minutes après la mort horrible de son petit ami (qui meurt broyé dans un moteur), à l’humour grossier, au sentimentalisme exacerbé, etc. ces éléments ne surprennent même pas dans cette énorme machine trop bien huilée. Pour un film qui montre une terre qui s’ouvre en elle-même, c’est un comble de manquer cruellement de profondeur !

par Jean-Eudes Durand

SIN NOMBRE de Cary Fukunaga

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Primé à Sundance pour sa réalisation, Cary Joji Fukunaga duplique avec Sin Nombre le misérabilisme brutal du brésilien Cidade de Deus de Meirelles. A considérer les deux films comme un ensemble, c’est un triste constat que le cinéma sud-américain porte sur la société de son continent. De là à penser qu’il est lucide, rien n’est moins certain. Fukunaga, comme Meirelles, focalise son récit autour d’une expansion féroce de la violence. Deux familles entremêlent par hasard leur destinée. L’une d’elle se compose d’un honorable père de famille, de son jeune frère et de la fille du premier. Montés clandestinement sur un train de marchandise qui sillonne en long le territoire mexicain, ils immigrent ensemble aux Etats-Unis, dans le New Jersey. En parallèle, une autre famille traverse le Mexique, sans pour autant se déplacer de ses quartiers. La Mara, répandu sur tout le territoire, est un cartel criminel que ses chefs qualifient de grandes familles. Sin Nombre trame un nœud constitué de deux catégories de famille. L’une aspire à s’émanciper du sol fuyant mexicain (les villes n’étant perçues que comme des rubans qui défilent et s’effacent) tandis que l’autre tend à s’y embourber dans le marasme du crime organisé. Le véritable moteur du film, et l’intérêt qu’il suscite, repose sur ces deux forces qui se contrarient. Le suspense est tenu, parfois avec une maladresse que mêmes les accompagnements musicaux ne savent pas raccorder. Sin Nombre, derrière sa mine patibulaire et le portrait national qu’il brosse, regorge d’élans vers l’émotion, quitte à flirter parfois avec le pathétique.

par Flavien Poncet

Rapt de Lucas Belvaux

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Inspiré par un fait divers, Lucas Belvaux raconte l’enlèvement de Stanislas Graff, homme d’affaires puissant. Après une séquence d’ouverture on ne peut plus classique et assez ennuyeuse retraçant la journée type du personnage, le film alterne entre la détention traumatique d’un côté, et les révélations dérangeantes de l’autre (cet homme d’affaire accumulant les maîtresses comme les dettes au jeu), jusqu’à sa libération et son cortège de retrouvailles désenchantées. La famille découvre alors l’existence des maitresses, l’ampleur des sommes perdues au casino... Et Rapt compte en fait plus là-dessus que sur l’enlèvement pour créer un peu de tension psychologique, sociale et physique. Malheureusement, ça ne fonctionne pas vraiment. Malgré un bon scénario et des personnages complexes, l’absence de partis pris de la mise en scène, et surtout la qualité assez médiocre des dialogues, desservent le tout. L’avocat (Alex Descas) et les malfrats sont les personnages qui s’en sortent le mieux. Dans le rôle titre, Yvan Attal ne parvient pas à susciter ni la compassion, ni la colère, ni simplement l’angoisse. Dommage également que l’issue du film, cet étau qui malgré les apparences ressert ; cet homme qui se retrouve sans emploi, sans famille et criblé d’une dette que tous ignorent, n’ait pas reçu un traitement à la hauteur de l’effroi qu’il était à même de susciter. Le film se contentera d’une lettre de ravisseurs rappelant qu’il doit payer une rançon. Une conclusion sans intérêt (ni lui, ni nous, n’avons oublié), aussi faible que l’ouverture, aussi consensuelle que le reste.

par Morgane Pichot

Images : © Diaphana Films (Sin Nombre, Rapt) © Pathé Distribution (Cinéman) © EuropaCorp Distribution (Le Concert) © Metropolitan FilmExport (2012)






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
- Cinémas indépendants acceptant la carte Le Pass
- L’Institut Lumière à Lyon
- La Cinémathèque de Toulouse
- Le Ciné-Club de Caen

Ces liens vous sont proposés par Fin de Séance, site d’analyse critique des films d’aujourd’hui, n’hésitez pas à nous contacter pour nous transmettre des liens équivalents pour d’autres villes.

Retrouvez également Vodkaster - Le blog de la cinéphilie 2.0



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