L’Incroyable Hulk (Un film de Louis Leterrier)
Le Géant Vert tombe de haut
Par Julien Hairault, le 6 août 2008 2008
Il y a cinq ans, le chinois Ang Lee faisait de son Hulk un film-prototype qui expérimentait à l’écran un montage au plus proche de l’esthétique Marvel du comic-book d’origine. Si artistiquement, la démarche était osée, le film quant-à-lui avait été injustement boudé par le public et une partie de la critique. Il en sera sans doute autrement du destin de L’Incroyable Hulk, réalisé par le français Louis Leterrier, et qui correspond plus dans son application à suivre un cahier des charges précis, à un blockbuster estival calibré pour les masses.

Il était intéressant de voir où et comment L’Incroyable Hulk allait se positionner par rapport à son prédécesseur. Dès le générique, la réponse nous est donnée : le film de Leterrier n’est pas la suite de celui de Lee, il cherche d’ailleurs à s’en distinguer le plus possible.

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Alors que l’atome nucléaire était la cause de la mutation de Bruce Banner (cette fois-ci joué par Edward Norton) dans le comic et le long-métrage de 2003 ; ici, le scientifique est génétiquement modifié au cours d’une expérience qui tourne mal, sous les yeux de sa fiancée Betty (Liv Tyler, qui remplace à notre plus grand malheur Jennifer Connely), et de son beau-père le Général Ross (William Hurt, exit Sam Elliott), qui ne va pas tarder à se lancer à sa poursuite, considérant que l’arme génétique qui se trouve en Banner pourrait bien servir à créer une race de soldats infaillibles. L’Incroyable Hulk n’est donc rien d’autre qu’une course-poursuite entre le géant vert et l’armée US, bientôt épaulée par l’horrible Abomination (Tim Roth), à la base guérillero anglais venu donné un coup de main au général Ross, mais qui aura à son tour le pouvoir de se transformer en immense boule de muscle verdoyante.

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Du Brésil à New-York, en passant par un campus universitaire de la Virginie, l’action du premier long-métrage hollywoodien du réalisateur de Danny the Dog enchaîne les lieux d’ancrage de l’histoire comme autant de décors à détruire. Ces scènes de déstruction massive sont les plus réussies du métrage. On retiendra surtout celle sur le campus, qui voit Hulk battre un à un les différents corps de métier de l’armée américaine (du simple au soldat à l’hélicoptère, sans oublier divers missiles et autres engins sophistiqués). On y retrouve presque la grace héroïque du monstre vert d’Ang Lee, qui combattait lui aussi dans le désert, à la manière d’un athlète, les chars et les avions de chasse de l’armée. A ce moment-là, Hulk le film comme le personnage, officient pour le spectateur comme un defouloir, où l’écran noir du cinéma permet de réaliser quelques fantasmes masculins et enfantins. Dans ce domaine, Louis Letterier s’exécute sans fausse note, rivalisant aisément avec n’importe quel autre yes-man de la cote ouest. Pour autant, et même si la baston finale entre Hulk et The Abomination n’est pas mal non plus, le reste du film manque cruellement d’intérêt.

Le reste, comprend tout ce qui n’est pas action, destruction, pulvérisation, et grognement. Alors que le métrage de Ang Lee faisait du numérique le terreau d’hypothèses théoriques sur l’avenir de la représentation des corps mutants au cinéma, celui de Leterrier s’en tient juste à ce qu’il raconte, n’essayant même pas, comme son collègue Jon Favreau avec Iron Man, de tenir un discours critique sur notre époque. Il y avait pourtant de quoi faire ici, avec cette intrigue qui place l’armée au premier plan. Mais Leterrier le français n’a pas le bon passeport pour se lancer dans une telle aventure. Surtout, il ne semble pas animer du désir d’aller dans ce sens.

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Dommage. D’autant plus que L’Incroyable Hulk est un film raté en dehors de ses époustouflantes séquences d’action. Totalement dénué de sentiments et d’âme, plombé par l’interprétation pathétique de Liv Tyler, et l’affligeant manque d’épaisseur psychologique qui affecte tous les personnages, le film n’est qu’une longue traversée du désert dont les oasis salvateurs consistent en ces minutes super-héroïques gonflées aux hormones. Au petit jeu des comparaisons, L’Incroyable Hulk se situe au dessus de la moyenne en ce qui concerne sa mise en scène de l’action, mais approche le néant une fois le monstre vert dégonflé. Enfin, l’épilogue qui annonce une prochaine confrontation entre Hulk et Iron Man (Robert Downey Jr vient proposer ses services au Général Ross) a de quoi, in fine, raviver le passionné des comics Marvel, qui peut s’attendre, dans les prochaines années, à quelques productions qui sur le papier, sont déjà très excitantes.

- Lire l’analyse des effets spéciaux numériques du Hulk de Ang Lee
- Lire l’analyse critique d’Iron Man

Images : © SND






A l’occasion de la sortie du chef d’œuvre de Steve McQueen, Hunger, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

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  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Les Évadés de Frank Darabont
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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