Mémoires d’une geisha (Un film de Rob Marshall)
Le Japon revisité
Par Julien Hairault, le 7 mars 2006 2006
Une jeune enfant enlevée à sa famille et à sa campagne, se retrouve à Tokyo pour y apprendre à être une geisha. Non pas une prostituée, mais une fille de compagnie qui maîtrise les arts de la danse, de la musique et de la conversation. Cette tradition japonaise résistera t-elle à l’envahisseur américain ?

La question de l’origine de Mémoires d’une geisha est un problème si important qu’il nous fait entrer dans la salle de cinéma avec beaucoup d’inquiétudes. Des actrices chinoises connues (Zhang Ziyi dans le rôle principal, Michelle Yeoh et Gong Li) jouent des personnages japonais en parlant anglais, sous la direction d’un cinéaste américain (Rob Marshall) plié aux contraintes hollywoodiennes. Ce genre de productions était monnaie courante il y a soixante ans. Le public américain se voyait proposé des films aux accents exotiques, avec des histoires le plus souvent ancrées dans des pays lointains, aux traditions non occidentales donc intriguantes.

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Ici, Rob Marshall s’attaque au mythe des geishas, icône typiquement japonaise qui reste encore une énigme pour l’occident. Zhang Ziyi a beau être ravissante et très impliquée dans ce rôle, elle ne fait pas oublier qu’autour d’elle se construisent les fondations d’un mélodrame trop hollywoodien, aux clichés et rebondissements prévisibles. Le mariage entre la tradition japonaise et les gros sabots d’une production hollywoodienne a vraiment du mal à se faire. L’exemple le plus flagrant est sans conteste l’opposition manichéenne entre Chiyo (Zhang Ziyi, toute de blanc vêtue) et le personnage de Gong Li (le mal personnifié, plus proche d’Hollywood que de Tokyo).

Bien sûr, il fallait s’attendre à ce que Marshall ne fasse du monde des geishas que le prétexte à son film, le décors de ce dernier et non pas son moteur. Mais la façon dont il porte un regard sur cette institution qu’est la geisha est paradoxale. D’un coté le personnage pur et sincère de Chiyo donne une image idyllique de la geisha, une image de papier glacé renforcée par la beauté lisse de la mise en scène. De l’autre, Marshall crée des personnages moins propres sur eux, salissant l’image de marque de la dame de compagnie de luxe. C’est bien sur le cas du personnage joué par Gong Li, mais aussi celui de « Citrouille », geisha un peu naïve qui deviendra prostituée à l’arrivée des soldats américains sur le sol japonais (on entrevoit à ce moment là un début de discours critique : l’Amérique qui pervertie les traditions des autres pays...).

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Si le film avait été tourné des décennies plus tôt, à une période où il était encore de bon ton de se servir du cinéma pour découvrir des contrées inconnues : Mémoires d’une geisha aurait trouvé certainement sa place aux cotés d’autres nombreux films de studio qui contrairement à lui, avaient l’avantage de traiter de sujets inédits et originaux, avec bien évidemment les mêmes contraintes scénaristique made in USA. Si la geisha n’avait jusque là pas été très employée au cinéma (sauf bien sur dans le cinéma japonais et notamment chez Mizoguchi qui savait comme personne rendre hommage aux femmes), on ne peut pas dire qu’elle sort grandie de cette œuvre. Au contraire, cette dernière ravive les rouages du mélodrame hollywoodien en exposant ses conventions les plus répandues, donc les moins intéressantes. Sans surprise du début à la fin, Mémoires d’une geisha est un mélodrame sans saveur qui s’est égaré dans le temps, sortant bien trop tard : à une époque où Hollywood a depuis longtemps rompu les liens avec la forme classique. Reste un film ennuyeux et hors du coup, long (2h20) et pas assez beau pour nous faire oublier les dérives du scénario.

Images : © Mars Distribution






Le 25 mai prochain, après une compétition d’une dizaine de jours, le jury du 61ème Festival de Cannes présidé par Sean Penn, décernera la tant attendue Palme d’Or au meilleur film de la sélection. En attendant d’en savoir plus, la rédaction de Fin de Séance vous livre ses cinq oeuvres palmées préférées :

  1. Pulp Fiction de Quentin Tarantino
  2. Taxi Driver de Martin Scorsese
  3. Elephant de Gus Van Sant
  4. Barton Fink de Joel & Ethan Coen
  5. Apocalypse Now de Francis Ford Coppola


Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
- Cinémas indépendants acceptant la carte Le Pass
- L’Institut Lumière à Lyon
- La Cinémathèque de Toulouse
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