Pompoko (Un film de Isao Takahata)
Le grand art de Takahata
Par Céline Noblet, le 23 janvier 2006 2006
Onze ans après avoir reçu le Grand Prix du Long métrage au Festival international du film d’animation d’Annecy, Pompoko débarque sur les écrans français avec sa frénésie visuelle et sa maîtrise narrative.

Pompoko, un ourson brave et malin, voit son village menacé par une malédiction qui fait disparaître petit à petit la forêt dans laquelle lui et sa famille vivent heureux. Son père, le courageux chef du village, disparaît en tentant de mettre fin au maléfice jeté par un des anciens membres du clan. Pompoko trouvera alors le moyen, aidé par les nombreux animaux de la forêt, de mettre un terme aux méfaits de l’ennemi de son père. C’est tout mignon, la trame narrative correspond aux critères du bon scénario, le thème de la famille est présent, et les larmes et les rires des jeunes spectateurs sont bien là où ils doivent être. Mais, fort heureusement, Pompoko n’est pas dans la réalité une production Disney.

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Isao Takahata, second pilier des studios Ghibli qu’il a fondé avec son ami Hayao Miyazaki au début des années 80, réalise Pompoko sur une idée de départ du second. Moins renommé en occident que son compère, Takahata a pourtant réalisé des œuvres aussi fortes que Miyazaki, dont le magnifique Le Tombeau des Lucioles. Pompoko, tout comme les films d’animation de Miyazaki, vibre d’un sens du merveilleux se manifestant de manière quasi constante dans le film. Mais là où se distingue Takahata, c’est dans sa volonté de témoigner de la réalité japonaise, à l’instar du Tombeau des Lucioles. L’épopée Pompoko s’inscrit ainsi dans la réalité socio-économique du Japon, au centre de la construction d’une ville nouvelle à proximité de Tokyo dans les années 60 (l’ère du « Gros Bedon » !), dévastant l’écosystème des bois avoisinants la capitale, et travaux contre lesquels les Tanuki (animaux ressemblant à des ratons laveurs très répandus en Asie, et très présents dans les contes japonais) vont se battre en réapprenant à utiliser leur don ancestral de la transformation, le Grand Art.

A la simple idée de départ de Miyazaki qui préparait alors Princesse Mononoke et qui proposa alors à son confrère de réaliser un film dont les protagonistes seraient des Tanuki, Takahata ajoute un message écologique de manière réellement efficace tout en rendant un grand hommage au folklore japonais.

Pompoko (bruit que font les Tanuki quand ils frappent leur ventre en chantant des chansons sur leur virilité et leurs testicules !) jouit d’une grande richesse visuelle, d’une effervescence constante et d’une succession de moments forts suivant le fil d’une trame épique qui est celle d’un combat contre les humains.

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La construction narrative du film est riche et exigeante. Ainsi, bien qu’un personnage se distingue par sa sagesse, son courage et son intelligence, il ne constitue pas pour autant le centre du film. Et pourtant, le processus d’indentification fonctionne sur nous, spectateurs, soudés à ce clan par la mobilisation constante de nos sens et de nos émotions par le rire, l’émerveillement et la tristesse. Comme chez Myiazaki, l’histoire ne répond pas à une économie narrative conventionnelle, à un schéma scénaristique préétabli ; ce n’est pas la nécessité qui prime mais la spontanéité, faisant du film un voyage libre au cours duquel les sens et la surprise peuvent être interpellés à tout moment.

L’intervention de plusieurs voix-off de Tanuki pour relater le récit de leur combat ajoute également un caractère épique à l’histoire, éloignant ainsi encore bien plus le film de la naïveté dans laquelle l’animation est cantonnée, tout comme le fait qu’il n’y ait aucune fausse pudeur dans la représentation des Tanuki (les testicules bien visibles des personnages appartiennent à la représentation traditionnelle des Tanuki, ces « Golden Balls » portant une signification de prospérité).

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Takahata fait de Pompoko une grande fresque visuelle, énergique et intense. Au travers d’abord des trois représentations des Tanuki : l’une réaliste, la seconde anthropomorphisée, et la dernière caricaturale, inspirée des premiers films d’animations japonais et intervenant dans le film pour manifester une joie intense, la mort, etc. Par ailleurs dans le gimmick de la transformation (que celle-ci ait un sens narratif ou qu’elle intervienne juste comme retranscription de l’état émotionnel du personnage par l’apparition ou la disparition d’un élément vestimentaire). Et enfin dans l’exploitation du folklore japonais et de sa galerie de monstres et de créatures fabuleuses.

Ikao Takahata mérite absolument la même reconnaissance que Myiazaki, car il démontre comme ce dernier qu’il possède un grand sens du merveilleux. Mais il accomplit aussi brillamment un renversement de valeurs en élevant le film d’animation à travers Pompoko, comme il l’avait fait avec Le Tombeau des lucioles, au rang d’art majeur, porteur de messages loins d’être naïfs.

Images : © Buena Vista International






A l’occasion de la sortie du nouveau film des frères Dardenne, Le Silence de Lorna, et après celles d’Eldorado et de JCVD, Fin de Séance vous propose un top 5 spécial Belgique.

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  4. Calvaire de Fabrice du Weltz
  5. Et bien entendu n’importe quelle oeuvre des frères Dardenne


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