Le mois des Lumière [Festival Lumière 2010]
Par Flavien Poncet, le 5 août 2010 2010 - été - 15:15
La promesse était donnée par le président du Grand Lyon, Gérard Colomb, il y a un an : le Festival Lumière du « cinéma de patrimoine » serait reconduit pour une deuxième édition. Du 4 au 10 octobre, le Grand Lyon proposera aux cinéphiles autant qu’au « grand public » l’occasion de se replonger dans l’Histoire du cinéma, entre ce qu’elle détient de plus classique (Le Guépard, Psychose, Boudu sauvés des eaux, Rosemary’s Baby, La Chatte sur un toit brulant, Vol au-dessus d’un nid de coucou, Les Valseuses, Coup de tête…) et ce qu’elle offre de plus méconnus (Zorba le grec lors d’un hommage à Anthony Quinn, quelques films de Raymond Bernard ou de Jeremy Paul Kagan). La programmation de cette deuxième édition nous annonce d’emblée 70 films planifiés.

La majorité des catégories élaborées l’année précédente est reconduite : la rétrospective principale et intégrale pour le grand public –Sergio Leone l’année dernière, Luchino Visconti cette année-, une rétrospective marginale pour les passionnés –Shin Sang-ok en 2009, Raymond Bernard en 2010-, l’œuvre revisitée du prix Lumière –Eastwood octobre dernier, Milos Forman cet automne-, trésors oubliés du cinéma états-unien –âge d’or du Film Noir précédemment, Nouvel Hollywood cette année- se retrouve pour cette nouvelle édition complétée d’autres parties.

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Parmi les nouvelles entrées, le cinéma d’horreur trouve place et légitimité dans cette fête académique. Sans trop d’audace, Lumière 2010 consacre à l’un des papes du cinéma d’horreur moderne, Dario Argento, une micro-rétrospective composée de cinq de ses films les plus connus, sur la vingtaine qu’il a réalisé : L’Oiseau au plumage de cristal (1970), Le Chat à neuf queues (1971), Suspiria (1977), Ténèbres (1982) et Phenomena (1985).

Le jeune public, les collégiens et les lycéens, auront également droit à des séances spéciales (dont une le 6 octobre à la Halle Tony Garnier) qui leur permettront de s’approprier un festival que les auteurs, Thierry Frémaux en tête, souhaitent définitivement accessible au plus grand nombre.

En complément à cette pléthore de projections, un colloque sera organisé avant le festival, le 29 septembre. Il portera autour de la restauration et de la numérisation des films de « patrimoine », un procédé déjà pleinement entamé par les distributeurs mais qui ne reste pas sans soulever de nombreux scepticismes. Ce colloque se révèle symptomatique de l’ouverture vers les professionnels entreprise cette année par le festival. Approfondissant cette volonté, Lumière 2010 prend l’heureuse initiative de récompenser d’une bourse (du nom de l’historien du cinéma français Raymond Chirat) les chercheurs en histoire du cinéma et d’un prix (du nom du co-fondateur de Positif et de l’Institut Lumière, Bernard Chardère) le « meilleur article sur le cinéma de l’année ». Initié par le souhait d’inventer, à travers le prix Lumière, un équivalent du prix Nobel pour le cinéma, le Festival Lumière prolonge par là sa logique en imaginant un prix Pulitzer pour la presse de cinéma. Aucun doute, cette deuxième édition redouble l’ambition du festival lyonnais.

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En amorce et en complément à la rétrospective Visconti, l’Hôtel du Département, comme l’année dernière, accueillera sur ses grilles de grandes photographies tirées à partir de photogrammes extraits des longs-métrages du cinéaste italien. 20 000 personnes se seraient arrêtés l’année dernière devant celles de Leone (certains en ont même volées, de quoi joliment orner leur chambre). Avec cette exposition, l’enjeu pour le Festival est d’attiser dès septembre autant de spectateurs autour de Leone que de Visconti (cinéaste pourvu tout de même d’un capital cool moins important, mais au fond tellement plus magistral et politique que l’auteur d’Il était une fois la révolution). Pour stimuler le public, le délégué général du Festival de Cannes n’est pas à bout de ficelles. Les invités prestigieux annoncés d’ores et déjà cette année aguicheront au moins autant les néophytes que les fins connaisseurs : Alain Delon, Jean-Louis Trintignant, Bertrand Tavernier, Costa-Gavras, Katherine Quinn, Milos Forman, Dario Argento (enfin présent à Lyon après avoir manqué, pour cause de grève des transports, la séance de Suspiria au Comoedia en 2007).

Au-dessus de cette programmation, que l’on jugerait diverse a priori, demeure la question primordiale qui restait en suspens depuis la fin de l’édition 2009 : qui pour obtenir le second prix Lumière après le sacré monstre Clint Eastwood ? Nul mieux que lui ne sait conjuguer l’amour du grand public et l’idolâtrie des cinéphiles, avec toutes les scories qui en résultent. Personne aujourd’hui n’embrasse mieux l’ensemble du public, des cinéphiles aux spectateurs occasionnels, en accomplissant des films exigeants qui demeurent calqués sur le modèle de la narration hollywoodienne. Pour une deuxième édition, souvent les plus difficiles, celles qui engagent véritablement la manifestation sur le long terme, il fallait un prix Lumière au moins aussi prestigieux qu’Eastwood, sinon plus que lui (Kubrick !). D’aucuns prévoyaient, pour récompenser un cinéaste soucieux de l’histoire de son art, Scorsese, Coppola, Woody Allen, Tarantino… Les paris ne se jouaient qu’entre américains (somme toute les rois du populaire). Outre-Atlantique, outre-Pacifique, seul Almodovar jouit du même prestige plébéien. En élisant Milos Forman, cinéaste tchéquo-américain, comme second Prix Lumière, les auteurs du Festival vont à contre-sens de l’idée ultra-populaire qu’avait laissé la précédente édition. Jouissant d’une renommée internationale (grâce à ses succès publics et/ou critiques –Man on the moon, Larry Flint, Amadeus, Hair, Vol au-dessus d’un nid de coucou, Les amours d’une blonde-), Milos Forman est une persona grata aux yeux du « grand public » auquel se destine Lumière 2010. Néanmoins qui pour prétendre qu’il bénéficie de la même célébrité qu’Eastwood ? En élisant un cinéaste moins prestigieux qu’Eastwood, le Festival Lumière n’accuse pas de régression mais présente une alternative qui refuse l’enchère aux célébrités pour laisser place à la séduction seule qui habite les films.

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En patientant jusqu’à la fin du mois d’août, où sera annoncé l’ensemble complet de la programmation, le Festival Lumière laisse à disposition son site internet (www.lumiere2010.org). Même s’il ne ménage plus de place aux commentaires des visiteurs, comme lumiere2009.org, le site du festival s’actualise très régulièrement en favorisant une présentation claire, fouillée et dynamique (différemment de l’élégance sobre du festival de la Rochelle). Il reste, dans l’attente, à repenser à nos heureux souvenirs du cinéma lyrique de Visconti (de La Terre tremble à L’innocent en passant par Rocco et ses frères et Ludwig) pour mieux revoir en octobre, à la saison de l’automne, leurs images, leurs sons et leurs temps fleurir d’entre les souvenirs.

 






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
- Cinémas indépendants acceptant la carte Le Pass
- L’Institut Lumière à Lyon
- La Cinémathèque de Toulouse
- Le Ciné-Club de Caen

Ces liens vous sont proposés par Fin de Séance, site d’analyse critique des films d’aujourd’hui, n’hésitez pas à nous contacter pour nous transmettre des liens équivalents pour d’autres villes.

Retrouvez également Vodkaster - Le blog de la cinéphilie 2.0



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