Après Mon petit doigt m’a dit en 2005, Pascal Thomas réalise une deuxième adaptation d’Agatha Christie, avec toujours en vedettes André Dussolier et Catherine Frot, formant comme à leur habitude un couple de petits bourgeois ennuyés par la retraite.Lui aimerait profiter de la douce quiétude du domaine familial, alors qu’elle rêve d’aventures. C’est ainsi qu’elle se passionne pour un mystérieux meurtre, aperçu au travers de la vitre d’un train par tante Babeth. Personne n’a déclaré de disparition et aucun cadavre n’a été retrouvé, mais Prudence n’hésite pas à se lancer elle-même dans l’enquête, une occasion rêvée de pimenter ses jours. En devenant la domestique d’une vaste propriété, bien nommée « La vallée des loups », elle découvre le corps et alerte ainsi les enquêteurs (dont son mari qui suit un ancien collègue)...

Entre Le mystère de la chambre jaune (Bruno Padalydès, 2003) (pour l’aspect Cluedo sur fond d’absurde), Gosford Park (Robert Altman, 2002) (notamment par rapport aux relations entre domestiques et chatelains), et Tanguy (même refus d’être des grands parents gâteux, envie de retrouver la folie des premiers émois loin des enfants et des petits enfants) ; Le crime est notre affaire reprend tous les motifs du « who did it ? », enchainant les retournements de situation et les péripéties avec entrain et bon ton.

Film d’acteurs avant tout, André Dussolier (M.Raquette) et Catherine Frot sont fidèles à eux mêmes et au meilleur de leur forme. Les scènes où l’actrice est seule (la promenade en raquette, la souris dans la cuisine…) sont parmis les meilleures, elle incarne à elle seule tout le coté burlesque du film. Dans une interview accordée à Studio pour la sortie de L’empreinte de l’ange, Catherine Frot exprimait ce désir de jouer avec tout le corps au cinéma, comme elle peut le faire au théâtre, afin, en substance, de privilégier le burlesque et d’éviter la vulgarité. Chose faite. Mais il ne faut pas oublier non plus Chiara Mastroianni (Emma), Melvil Poupaud (Fréderic), Claude Rich (Roderick Charpentier)…et tous les autres, formant une famille hantée et déchirée par des questions d’argent et d’héritage.

Le crime est notre affaire aime à joindre les questions d’ordre socio-économique en rapport au temps, passé et présent. Prudence et son mari semblent venir d’une autre époque, ils possèdent une vieille décapotable, leurs vêtements sont intemporels tant ils sont classiques ou déconnectés de la réalité (le kilt). Le scénario joue sur les anachronismes volontaires pour renforcer le comique absurde du film : ils ont aussi des ordinateurs et des portables…Autour d’eux, tout semble se dérouler au temps présent, même si le lieu de l’action (une vieille demeure) mêle les époques et les styles. Le crime est notre affaire fonctionne ainsi sur un schéma fictionnel bien particulier, hors de tout réalisme, mais proche de ce qu’on peut penser de l’imaginaire de Prudence.
La mise en scène franchement dévouée au jeu des acteurs est sans surprise, mais ce film est notablement plus dynamique et plaisant que Mon petit doigt m’a dit. L’écriture a laissé place à des scènes (le kilt, le final sous la tente) inutiles par rapport au déroulement de la fiction, mais délicieusement conformes au ton décalé et presque désinvolte du film.