Disséquant les dérives de jeunes bourges désoeuvrés, Hell joue la carte de l’histoire d’amour. Mais les sentiments sonnent faux dans le satin et la volupté souillés par la drogue et la débauche.Le film, adapté d’un roman de Lolita Pille, se glisse dans les quartiers VIP d’une jeunesse parisienne dorée, mais en perdition. Il capte les excès de cette population, sa richesse ostentatoire, ses nuits débridées et son total désoeuvrement. Ella (Sara Forestier) est grande gueule, on la surnomme Hell, et c’est bien aux enfers qu’elle descend avec Andrea (Nicolas Duvauchelle, déjà remarquable dans les films de Xavier Gianoli, surtout Les Corps impatients), pervers de réputation qui traîne son ennui entre sa Porche et le grand appartement de son père trop souvent absent.

Mais derrière cette abondance et ce luxe, Hell ne parvient pas toujours à cacher sa fragilité. C’est, bien loin de l’image de la femme fière et provocante qu’elle essaye de se donner, une jeune fille fragile qui va se faire avorter parce qu’elle ne sait pas qui est le père ou qui chante d’une voix douce le refrain de "Il était un petit navire".
Régulièrement on voit les corps las des deux amants étendus dans leurs grands lits. Parfois ensembles et parfois seuls, gavés de sexe, d’alcool et de coke ils attendent des péripéties qui n’arrivent pas. Alors ils les provoque. Elle insulte les flics pour se faire embarquer. Lui lance son bolide sur les boulevards de la capitale. Elle brise un miroir dans la soirée d’un décorateur en quête de destruction. Et tous les deux se défient : qui sera le plus ivre, qui sera le plus défoncé.

Au sommet de l’échelle sociale, le problème est paradoxalement le même que tout en bas. Les jeunes des cités, boudés par la société, sont confrontés à impossibilité de la promotion sociale, les plus aisés, enfants des élites n’ont plus rien à espérer de mieux. L’absence de perspective condamne au néant de l’existence.
Abusant des scènes lascives et faussement provocatrices, le film est sauvé par l’interprétation de deux très grands espoirs du cinéma français. Longtemps Hell cache le vide de sa vie et ses grands yeux bleus (carrément immenses) derrière de larges lunettes noires. Dans la dernière scène du film, alors qu’elle quitte la terrasse d’un café, désabusée mais enfin consciente de tout ce gâchis elle laissera les lunettes Gucci en pourboire. Bas les masques !