Deux ans après son succès avec Memories of Murder, le réalisateur coréen
Joon-ho Bong revient de plus belle avec un film audacieux : The Host, qui montre, une fois de plus, que le cinéma coréen mérite une plus grande place dans le cinéma mondial. Ce film, qui a fait un carton en
Corée (13,1 millions d’entrées, un record historique) a également reçu l’acclamation générale du public lors de sa présentation au Festival de Cannes en mai dernier. A noter que l’on retrouve dans ce film, plusieurs acteurs du précédent film de Joon-ho Bong, dont les excellents Song Gang-ho et Hae-il Park.Comme Joon-ho Bong l’avait fait dans ses précédents films, il joue encore une fois sur le contraste entre le quotidien et l’imaginaire. A Séoul, le fleuve Han est un symbole de sécurité et ses bords sont très fréquentés. La famille Park, composée de Hee-bong (Hee-bong Byun), Nam-il (Hae-il Park), Nam-joo (Doona Bae), Kang-du (Song Gang-ho) et sa fille Hyun-seo (Ko A-sung), y vit paisiblement et y gère un snack. Mais un jour, une étrange créature surgit de ce fleuve et attaque les gens qui sont sur son chemin. Hyun-seo en paie les frais en se faisant enlever par le monstre sans que son père ne puisse faire quoi que ce soit... Une fois sa longue queue entourée autour de la petite innocente, le monstre s’enfuit dans les profondeurs du fleuve. Le monstre a ainsi déclenché un mouvement de panique chez les gens et les militaires ne mettent pas longtemps pour sécuriser la zone. La famille Park avait perdu tout espoir, croyant leur tendre Hyun-seo morte, mais Kang-du retrouve le sourire en recevant un court appel de sa fille lui révélant qu’elle va bien et qu’elle est dans les égouts. C’est ainsi que cette famille va tout faire pour retrouver Hyun-seo et la ramener saine et sauve.

Hee-bong, le grand-père de Hyun-seo, a trois enfants. Kang-du, qui nous est présenté comme un jeune père paresseux et irresponsable : on l’aperçoit pour la première fois en train de dormir sur le comptoir du snack. Le deuxième fils de Hee-bong ne vaut pas vraiment mieux, il nous est décrit comme un alcoolique par Hyun-seo et on le voit de nos propres yeux dans le gymnase... Il reste enfin Nam-joo, la tante de Hyun-seo, une championne de tir à l’arc un peu trop lente...
L’une des grandes réussite du film concerne le mélange des genres et des registres qui permet de nous surprendre systématiquement. Par exemple dans la scène du gymnase après l’attaque du monstre, la famille Park se retrouve au grand complet pour pleurer devant la photo de Hyun-seo qu’ils croient morte. Mais leur manière de pleurer et de se rouler par terre donne à ce moment normalement triste un côté amusant.
Dans ce même passage, une personne arrive et demande à qui
appartient la voiture garée devant et crie sur la propriétaire, même si ça
ne dure pas longtemps cela reste comique. Même chose quand une autre personne arrive en scaphandre pour faire une annonce et trébuche devant tout le monde, avant de formuler une demande absurde : "Que les personnes ayant été en contact avec le monstre et celles qui ont été en contact avec ces personnes lèvent la main." car tous les occupants du gymnase sont concernés !

Il y a aussi une autre scène qui montre cet aspect, c’est celle de la mort du grand-père : une scène très triste, quand on voit Kang-du hésiter entre rester auprès de son père et ne pas l’abandonner ou échapper aux militaires qui arrivent. Mais avant d’en arriver là, un passage comique nous est proposé : Hee-bong n’a plus de balles dans son fusil et le monstre arrive droit sur lui, c’est alors que Kang lui donne le sien pensant qu’il reste une balle, mais, bien sûr, l’arme est vide et quand Hee-bong tire sur le monstre rien ne se passe et il se fait projeter violemment au sol, ce qui lui coûte la vie.
La pollution du fleuve Han est le thème de base du film. On le voit très
bien dès le début du film avec la scène dans la morgue d’une base américaine, qui montre un militaire américain ordonnant à un employé coréen de verser dans l’évier les flacons d’un produit très toxique, à cause de la poussière... Encore une fois, un côté assez comique, car on ne voit au début que quelques bouteilles puis un lent travelling nous en montre des centaines. La pollution est à l’origine de l’apparition du monstre et de ses
actes. La pauvreté est aussi un thème du film : il est représenté par deux enfants, Se-jin et son petit frère Se-ju. Ils meurent de faim et ils doivent voler de la nourriture pour survivre.
On peut également voir une critique virulente de l’attitude des
militaires américains. Le film montre que ce sont eux qui sont à l’origine
de la pollution du fleuve, donc de l’apparition du monstre, qu’ils sont trop
présents sur le territoire coréen, avec des militaires partout et à la fin une prise de parole à la télévision du gouvernement américain sur le monstre et son pseudo virus.
Le mélange, parfois confus, des genres et des registres donne un résultat déroutant mais traversé par une émotion qui reste très forte tout au long du film. On ne sait quelques fois plus vraiment comment réagir : rire, frémir, ou pleurer. Visuellement superbe, cette fable socio-politique, portée très haut par des personnages tous plus loufoques les uns que les autres impressionne et questionne.