Présenté comme une comédie potache canadienne, cette classification réductrice a certainement fait beaucoup de tort au film de Martin Gero. Là où les producteurs ont perçu un créneau rentable se trouve en fait une véritable analyse sociétale : celle des rapports sexuels à notre époque. Finement écrit, remarquablement joué, Young People Fucking est une surprise bienvenue car sa justesse de ton et de vision le rend – presque – indispensable.Après quelques minutes de film un constat s’impose d’emblée, ce film n’use d’aucun cache-sexe : c’est un film sur des jeunes gens qui baisent, traduction littérale du titre, actions littérales du film. Cependant, là où la pornographie ou l’érotisme cheap pointait leur nez, il n’y a finalement que des situations qui paraissent étrangement familières (à quelques exceptions près). Martin Gero parle d’expérience, ça se sent, il a un recul original, ça se voit.

Le film est judicieusement séparé en six chapitres allant du prélude au postlude en passant par les préliminaires et autres climax. Ces chapitres découpent régulièrement les relations entre ces couples avec lesquels on se familiarise plutôt rapidement. Là aussi ils sont classés selon leur degré, des amis d’enfance au couple marié. Tout ceci dans le but avoué (et transparent) de radiographier les paramètres entourant le sexe en lui-même dans notre société contemporaine, occidentale du moins.
Ce film formule aurait pu ne jamais dépasser le stade de la caricature si un soin précieux n’avait été apporté à la crédibilité des relations, aux non-dits et aux malaises, aux pulsions et aux désirs secrets. Dépassant même la psychologie, le long-métrage en dit long sur les contingences sociales et sur la puissance du paraître, du travestissement et du mensonge. Véritable document anthropologique, cette fiction vit car traversée par des véritables moments de grâce où la symbiose des acteurs renvoie au spectateur le miroir de ses expériences vécues. Le processus d’identification marche tellement bien d’ailleurs qu’on se prend à deviner, souvent à raison, les obstacles que ces êtres placeront eux-mêmes sur leur passage, cette communication impossible où l’on dit à l’autre ce qu’il veut entendre.

La notion importante introduite dans le film est celle du jeu : car c’en est un, avec ses règles strictes mais toujours contournables, ses schémas répétitifs mais nuancés à l’infime ; ainsi ce couple qui invite leur colocataire à se joindre à la fête, sans doute le sketch le plus touchant, ou ces amis d’enfance qui décident de s’aider puisqu’enfin, après tout, personne les connaît mieux.
Il y aura assez peu de déception au final, seulement une transformation passée par l’épreuve des corps, de la nudité et d’une certaine forme de vérité intrinsèque et primitive, celle de deux corps (ou plus…) qui s’entremêlent.
Il y a également une impression prégnante qui surnage à la vision du film de Martin Gero, c’est celle du tour de force typiquement anglo-saxon. C’est-à-dire qu’ici les acteurs ont des corps, s’en servent et les magnifient. On ne peut pas en dire autant de la majorité du cinéma français contemporain où la voix prend le pas sur le corps, le cerveau sur la sensualité et finalement le plaisir intellectuel sur l’émotion brute.