Borat (Un film de Larry Charles)
Leçons de comédie
Par Julien Hairault, le 22 novembre 2006 2006
Le comédien britannique Sacha Baron Cohen, rendu célèbre par le personnage d’Ali G, nous revient avec Borat, journaliste kazakh explorant les Etats-Unis pour faire profiter son pays de ses découvertes.

Le buzz était énorme, et les fans du monde entier de Borat attendaient avec impatience la sortie du long-métrage de leur idole pour envahir les salles de cinéma d’éclats de rire ininterrompus. Car ce que Borat le film arrive à faire, c’est bien de mettre à genoux devant lui toute une salle, des fans convaincus aux novices, complètement abasourdis par ce qu’ils sont en train de découvrir. L’humour de Sacha Baron Cohen est corrosif, provocateur, critique, gras, débile parfois, mais toujours en phase avec la séquence filmée. Surtout, il ne s’arrête jamais. La succession de saynètes que constituent le film tient la route par sa diversité dans l’effort, son hétérogénéité dans sa dynamique du rire, malgré quelques séquences inutiles et limites.

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L’hilarante présentation du personnage et de son environnement au Kazakhstan tient du miracle et résume déjà ce qui fera marcher les 80 minutes du film. Qui est un minimum au courant de la géographie mondiale sait que ce pays est peuplé par des habitants de type asiatique. Ceux que nous montre Borat sont caucasiens. Normal, cette partie du film a été tournée en Roumanie ! On joue déjà avec la frontière réel-fiction, et cela sert de base à l’humour du comédien qui accumule les horribles mais au combien drôles jugements sur le pays dont il prétend venir (pauvreté, antisémitisme, inceste…). Le stade de la caricature est dépassé depuis longtemps. Qui ne rit pas ici, s’ennuiera pendant le reste de la projection.

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Cette introduction a un but très clair : la moquerie. Le spectateur occidental rigole devant tant de grotesques exagérations sur une pauvreté du monde dont il se sent assez loin. Mais la géniale idée de Baron Cohen et Larry Charles est de rééditer cette farce à l’égard des Etats-Unis, s’appuyant cette fois sur des faits réels et pour le coup moins drôles : de véritables antisémites, racistes, sexistes, patriotes, fanatiques religieux… Borat part à la rencontre de l’Amérique post-11 septembre et de ses travers. Le film, tourné comme un documentaire réalisé par l’équipe de télé qui suit Borat le journaliste, enchaîne donc les vignettes pour nous délivrer au final une vision choquante des Etats-Unis (un vendeur d’armes qui ne s’opposent pas à l’idée de tuer des juifs, des cow-boys islamophobes).

Jouant remarquablement bien le lointain étranger perdu dans la civilisation moderne, Sacha Baron Cohen fait face à l’Amérique de différentes manières. Il apprend à bien se tenir en société, il suit des cours de conduite, rencontre un groupe de féministes et même un politicien à Washington (fort de son faux statut de journaliste étranger, il ira jusqu’à semer le désordre dans une émission de télévision sur laquelle il était invité). Dans ces situations, Borat continue de tourner en dérision la région d’où il vient (expliquant par exemple aux féministes qu’il est persuadé que les femmes ont un cerveau plus petit), voulant saisir sur le vif les réactions amusées (le professeur de conduite) ou atterrées (la bourgeoisie, les féministes) de ses interlocuteurs.

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Quand il part à la rencontre des américains moyens, le film dérape alors vers le politiquement incorrect, et l’Amérique entière en prend pour son grade. L’unique problème posé par le film réside dans les conditions de tournage et la confiance que l’on peut avoir en ce que l’on voit. On sait que Sacha Baron Cohen faisait signer à la fin des séquences une décharge à chacun des intervenants, qui en échange d’une rétribution financière, cédaient complètement les droits sur leur image. Si certaines séquences (dans les rues et le métro de New York notamment) ne souffrent d’aucun doute quand au fait qu’elles aient été tourner sur le vif, d’autres posent problèmes, et correspondent pour le coup aux passages les moins intéressants du film. Preuve en est avec l’inintéressante séquence où Borat et son associé sont accueillis pour la nuit par un couple juif, et où les pires préjugés sur la question se voient clairement mis en scènes.

Cette question sur l’(est)éthique du film ne peut faire oublier le fait qu’il s’agit là certainement de l’œuvre la plus drôle de l’année, d’une efficacité redoutable dans ses différents types d’humour, et cruellement juste sur le constat porté sur l’Amérique. Aussi, dans les dernières minutes, l’overdose n’est pas loin, et le spectacle faiblit en intensité. On retrouve ici le problème inhérent à tout format court transposé sur grand écran.

Images : © Twentieth Century Fox France






Le 25 mai prochain, après une compétition d’une dizaine de jours, le jury du 61ème Festival de Cannes présidé par Sean Penn, décernera la tant attendue Palme d’Or au meilleur film de la sélection. En attendant d’en savoir plus, la rédaction de Fin de Séance vous livre ses cinq oeuvres palmées préférées :

  1. Pulp Fiction de Quentin Tarantino
  2. Taxi Driver de Martin Scorsese
  3. Elephant de Gus Van Sant
  4. Barton Fink de Joel & Ethan Coen
  5. Apocalypse Now de Francis Ford Coppola


Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
- Cinémas indépendants acceptant la carte Le Pass
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