300 (Un film de Zack Snyder)
Les 12 travaux du numérique
Par Julien Hairault, le 4 avril 2007 2007
Après le succès de Sin City, consécutif à la vague d’adaptation des comics Marvel, Hollywood s’intéresse de près aux graphic-novels, comic-books haut de gamme produits dans des formats proches des bandes dessinées européennes. 300 est une nouvelle adaptation de l’une des œuvres de Frank Miller. Réalisée par Zach Snyder, cette transposition trouve très vite une limite dans un scénario bête qui au final nous conduit à nous raccrocher comme on peut à son aspect formel, souvent étincelant, bien que déshumanisé.

Reprenant la trame et même les (rares) dialogues du graphic-novel de Miller, Snyder semble avoir en tête autre chose que tenir en haleine le spectateur avec la profondeur du récit, ici inexistante. Le film raconte comment au cinquième siècle avant JC, le roi Leonidas (incarné par un convaincant Gerard Butler) s’en va en guerre avec 300 soldats contre les armées de Perse venues occuper la Grèce.

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Le premier point positif de cette adaptation est d’être très fidèle esthétiquement au support dont elle s’inspire. L’œuvre de Frank Miller est composée de grands tableaux épiques entrecoupés de scènes plus intimes, laissant la place à des dialogues assez rares et pas toujours bienvenus. La puissance et l’imaginaire formels de Miller transparaissent dans ces planches où les cases occupent de larges espaces, donnant au récit une dimension épique, et délaissant la violence de ce dernier (même si le graphic-novel comme le film est violent de part la nature très sanglante de son histoire). Aussi c’est avec une certaine satisfaction que l’on retrouve ce même découpage sur le grand écran, Zach Snyder filmant l’avancée des 300 soldats en longs plans larges, véritables tableaux vivants.

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Dans un souci de coller le plus parfaitement possible au graphic-novel, Snyder reprend même à son compte le découpage entier de certains passages, produisant même parfois des plans à l’identique des cases originales (l’ombre de Leonidas enfant empalant le loup dans la neige est un exemple marquant). La transposition va même plus loin dans le casting. Tous les personnages du film étant des parfaits sosies des soldats/créatures créés par Frank Miller. Cela soulève le problème de la production de ce film, réalisé intégralement avec des écrans verts, à grands renforts d’effets spéciaux dernière génération. Il en découle obligatoirement une certaine froideur/laideur, et l’impression que le cinéma y perd de plus en plus dans ces films à gros budgets où l’humain disparaît de plus en plus sous les artifices.

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On peut aussi gloser sur le fond idéologique de 300, qui met en scène la résistance et l’honneur d’un peuple qui se considère comme pur, face au reste du monde, incarné par des personnages d’origines diverses. Y voir la métaphore d’une Amérique va-t’en guerre au nom de ses principes est un raccourci facile à faire, bien que pas tout à fait faux. 300 n’est rien d’autre au final qu’un immense spot de pub en faveur de l’action militaire et du partage des mêmes valeurs par des hommes rassemblés derrière le même étendard. Le pire dans tout ça, c’est que les meilleurs moments du film sont ceux qui mettent en scène de la plus belle des façons cet art de la guerre, du combat. On trouvera en effet dans 300 quelques plans-séquences magnifiques, où grâce au ralenti, la violence de la guerre s’offre à nous, se faisant art, et dépassant les prouesses pionnières de la saga Matrix. Ces moments assez rares justifient le prix du billet d’entrée.

Images : © Warner Bros. France






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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