Les Chansons d’amour (Un film de Christophe Honoré)
Les Parapluies de Strasbourg
Par David Honnorat, le 7 juin 2007 2007
Moins d’un an après la sortie de Dans Paris, son troisième film, Christophe Honoré, réalisateur de 17 Fois Cécile Cassard, propose avec Les Chansons d’amour une troublante comédie musicale avec Ludivine Sagnier et Louis Garrel en tête d’affiche.

A vrai dire, le terme de "comédie musicale" peut poser question car il est à la mode. On pense d’abord bien sûr aux classiques américains (Singing in the Rain, West Side Story, Grease...) et français (Les Parapluies de Cherbourg, Les Demoiselles de Rochefort...) ainsi qu’à la reprise récente du phénomène (Moulin Rouge, Chicago...). D’autre titres viennent alors s’ajouter à cette collection mentale dans laquelle On connaît la chanson ou Flash Dance peuvent croiser Jeanne et le garçon formidable ou les derniers succès sur scène de Kamel Ouali. Le genre, par sa diversité, ne permet donc pas d’aboutir à la définition de mécanismes indispensables à sa tenue. Un film est en fait considéré comme tel dès lors qu’une partie de la narration est véhiculée par les chansons interprétées par les comédiens. Si Les Chansons d’amour est une comédie musicale troublante c’est parce que, bien que le film réponde très précisément à ce critère, son ton ne relève pas exactement de la comédie.

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Sans pour autant sacrifier la drôlerie au tragique, le film s’installe dans un ton caractéristique des chansons de la nouvelle scène française, entre mélancolie et désespoir. L’utilisation des chansons, toutes écrites par Alex Beaupain (avec lequel Christophe Honoré avait déjà collaboré à plusieurs reprises), permet d’exprimer de manière explicite la nature des relations entre les différents personnages. Il ne s’agit donc pas simplement de dialogues mis en musique, mais d’un degré différent de narration qui révèle la jointure principale entre la chanson à texte et le cinéma. Les chansons disent les évidences comme les films les montrent. Par sa mise en scène, Honoré joue avec les codes du genre et redouble d’inventivité pour filmer les chansons de son film.

Les Chansons d’amour est construit en trois parties : Le départ / L’absence / Le retour. Ce qui va et vient ici c’est l’amour — comme dirait l’autre dans une chanson populaire — ou plutôt le sentiment d’aimer et d’être aimer. Aimer pourquoi ? Pas seulement pour "la beauté du geste", comme le propose en chanson le jeune Erwann, mais aimer pour vivre, pour exister, et puis, peut-être, mourir d’amour. Des combinaisons et recombinaisons des relations amoureuses ou affectives, dans lesquelles les personnages de Chiara Mastroianni et Clotilde Hesme jouent le rôle de pivots, naît le schéma narratif du film. Il y a ceux qui veulent "faire famille" et ceux qui veulent "faire amant", le tout est de combler un vide, énorme, en attendant que l’entrain revienne, dans les chansons au moins.

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Les Chansons d’amour est un film ultra-contemporain. Pas par sa forme, qui, on y reviendra, évoque davantage une ère révolue, ni par son propos, intemporel, mais par l’urgence dont il est empreint. Il y a, dans les rues de Paris, des quartiers — voisins — de la Bastille et de Strasbourg St Denis qu’arpentent les personnages tout au long du film, une fraîcheur telle qu’on a parfois l’impression perturbante, mais délicieuse, que le film a été tourné juste avant la projection.

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On peut dès lors s’interroger sur l’avenir des Chansons d’amour. Est-ce là seulement l’affaire d’un été ? Ou sera-t-il promis au destin des films qui l’ont inspiré ? Car c’est finalement la problématique essentielle que suggère la vision du film. Ce film, à la fois magnifique et minuscule, embrasse un lourd héritage ; osons le nommer en deux mots : Nouvelle Vague. Cette gloire pas si ancienne du cinéma français, cette époque où, révolution, on faisait enfin des films semblant sortir tout droit de la rue, de la vraie, des films ancrés dans l’instant de leur tournage et qui pourtant durent encore aujourd’hui. Les Chansons d’amour en est l’héritier, plus encore que Dans Paris — hommage conscient et consciencieux, film mémorial ou musée de ce temps sacré du cinéma français sur les terres duquel les jeunes cinéastes commencent à peine à s’aventurer.

Même s’il n’est finalement que l’affaire d’un été, Les Chansons d’amour aura eu le mérite d’avoir rapelé à notre cinéphilie ces films insolants et terriblement beaux dont on a souvent — au moins — retenu une chanson.

Images : © Bac Films






Pour la sortie du nouveau film de M. Night Shyamalan, l’excellent Phénomènes, la rédaction de Fin de Séance a concocté un nouveau Top 5 sur le thème du suicide :

  1. Les ados de Virgin Suicides de Sofia Coppola
  2. Le culte Harold et Maude de Hal Ashby
  3. Le suicide de Belmondo dans Pierrot le fou de Jean-Luc Godard
  4. L’honneur des soldats japonais dans Lettres d’Iwo Jima de Clint Eastwood
  5. Le suicide de Grosse Baleine dans Full Metal Jacket de Stanley Kubrick

Sans oublier le méconnu Suicide Club de Sion Sono, et l’hommage rendu à Kurt Cobain par Gus Van Sant dans Last Days



Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
- Cinémas indépendants acceptant la carte Le Pass
- L’Institut Lumière à Lyon
- La Cinémathèque de Toulouse
- Le Ciné-Club de Caen

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