Babylon A.D. (Un film de Mathieu Kassovitz)
Les fils indignes de Dantec
Par Julien Hairault, le 26 août 2008 2008
Dans un futur proche, Toorop le mercenaire (Vin Diesel) est chargé d’escorter une jeune femme (Aurora, Mélanie Thierry) et sa protectrice (Michelle Yeoh) de l’Europe de l’est vers New-York, alors que la planète se meurt petit à petit, et qu’une secte tente d’en prendre le contrôle.

Le cinéaste français Mathieu Kassovitz adapte le roman culte de Maurice G. Dantec, Babylon Babies. L’homme qui réalisa par le passé Métisse et La Haine, tombe de nouveau dans les pièges d’une production à gros budget, quatre ans après le naufrage Gothika, et échoue à faire d’une intrigue pourtant intéressante sur le papier, un bon film de S.F. aux accents métaphysiques et politiques. Le fait est que Babylon A.D. est un ratage complet, tant dans les choix de mise en scène, que dans les béances d’un scénario nées d’un tournage apocalyptique. Ce dernier ayant été rythmé par les prises de tête entre Kassovitz et la star américaine bodybuildée, deux fortes personnalités qui n’ont eu de cesse d’opposer leur point de vue sur le métrage en cours d’élaboration.

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Il en découle un résultat final chaotique. Les puristes (et ils ont raison) trouveront que Kassovitz a pris ses aises avec le récit de Dantec (dont l’épilogue se situe au Canada, et non à New-York), oubliant le temps d’une première heure uniquement centrée sur l’action et le voyage des personnages principaux, d’informer le spectateur sur le sous-texte de l’histoire, où il est question d’eugénisme et de l’avenir de l’humanité. Pendant soixante longues minutes donc, Babylon A.D. met en avant les qualités de Monsieur Muscle de Vin Diesel dans une course contre la montre assez risible, totalement dénuée d’enjeux pour le spectateur tant il est difficile de trouver une quelconque sympathie pour Toorop et celles qu’il protège. En refusant d’indiquer clairement à son public de quoi le film ambitionne de traiter (un vrai scénario de science-fiction où l’Homme est en danger), Kassovitz prend le risque de le désintéresser complètement de son projet. Ce à quoi, d’ailleurs, il n’échappe pas. On peut toujours penser que les financiers américains de Babylon A.D., ainsi que Vin Diesel, ont forcé la main au cinéaste en lui indiquant plus la voie du film d’action plutôt que celle, plus posée et intelligente, du récit d’anticipation (d’où les disputes sur le plateau).

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Quand alors le film tente de recoller les morceaux dans un improbable final explicatif, les seconds rôles sortis de nulle part (bonjour Charlotte Rampling et Lambert Wilson) se mélangent à des pseudos commentaires métaphysiques sur la planète, et l’avenir de l’espèce humaine. On est loin, très loin, du brillant Children of Men d’Alfonso Cuaron qui préférait au spectaculaire la profondeur d’une vraie réflexion. Les deux films partagent le même synopsis qui place la destinée de l’humanité dans le ventre d’une jeune femme (chez Cuaron, l’héroïne est la première femme enceinte depuis plus de quinze ans, chez Kassovitz, Aurora porte en elle deux jumelles génétiquement modifiées) sur fond de climat post-apocalyptique où n’importe quel décor rappelle les villes d’Europe de l’est (Babylon A.D. ayant été en partie tourné à Prague). Mais si Children of Men possède plus d’une corde à son arc pour charmer son audience (grande mise en scène, comédiens au sommet de leur carrière, et surtout un vrai scénar), le nouveau long-métrage de Mathieu Kassovitz propose tout le contraire : scènes d’action illisibles, dialogues convenus, et performances d’acteurs tout juste à la moyenne. A voir le pauvre Vin Diesel se battre sans succès pour tenter de traduire une émotion à l’écran, on se dit que sa présence dans le film est un lourd handicap pour ce dernier. Vincent Cassel, Viggo Mortensen ou encore Bruce Willis ont un jour été pressentis pour jouer le rôle de Toorop. De quoi émettre quelques regrets aujourd’hui...

Dommage donc pour cette oeuvre que Kassovitz voulait révolutionnaire. Mais les aléas de la co-production internationale ont sans aucun doute ruiné les intentions artistiques d’un cinéaste, qui bien que doué derrière une caméra, nous livre ici un bien mauvais film, et de loin le pire blockbuster de la saison.

Images : © 20th Century Fox






A l’occasion de la sortie du chef d’œuvre de Steve McQueen, Hunger, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Les Évadés de Frank Darabont
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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