Deux ans après Supergrave, on retrouve le cinéaste Greg Mottola pour un second long-métrage aussi pertinent et réussit que son prédécesseur. Adventureland, c’est l’histoire de James, un étudiant américain lâché par ses parents la veille de rentrer à la fac, et obligé de bosser tout un été dans le parc d’attractions de sa petite ville de province pour régler ses futurs frais d’inscription. Une expérience à priori repoussante, qui s’avérera finalement être une aubaine pour le jeune homme, qui y rencontrera le grand amour.En deux films, Greg Mottola vient de s’imposer comme un réalisateur indispensable outre-Atlantique, et surtout comme l’alter-ego comique d’un Larry Clark ou d’un Gus Van Sant. Déjà Supergrave racontait les premiers émois sentimentaux de deux ados attardés prêts à tout pour perdre leur pucelage avant d’arriver à la fac, en profitant des fêtes de fin d’année. Si aucun des deux héros (les fantastiques Michael Cerra et Jonah Hill) ne trouvait finalement le chemin de l’amour physique, leur amitié s’en trouvait renforcée à jamais, soulignant une bonne fois pour toute que dans la galaxie Appatow, un bon pote vaut mieux qu’une petite copine.

Cet adage, Greg Mottola semble l’oublier dans Adventureland, peut-être le film le moins Appatow des productions de ce dernier, mais paradoxalement l’un des plus réussis également. Certes notre héros possède des amis sur qui il peut compter : Joel, dont les grosses lunettes l’enlaidissent au point de nuire à tous ses plans drague, et dont la passion pour la littérature russe ne trouve aucun écho dans sa communauté ; Frigo, l’éternel ado farceur incapable d’approcher une femme. Ces trois-là se retrouvent d’ailleurs dans l’une des dernières scènes du film, à faire le bilan d’un été passé à moisir. Alors que ses deux amis risquent de s’enliser encore un peu plus chez leurs parents, James décide de quitter le navire et de rejoindre celle qu’il aime, à New-York (l’El Dorado domestique des américains).Adventureland est avant tout une comédie romantique teintée d’une magnifique mélancolie, l’action du film étant située à la fin des années 80. Mottola aime ses personnages qui appartiennent à une époque encore innocente, protégée de l’internet et des téléphones portables, où les kids sortaient de chez eux pour se fréquenter. Il ne fait pas non plus de ce monde là un havre de paix, les ados étant entre autres livrés à eux-mêmes, aux prises avec des familles recomposées et de nombreuses désillusions.

Pas un seul des choix de scénario du métrage n’est anodin. Il y a là la marque d’un auteur, un vrai, qui prend plus que des pincettes pour s’aventurer sur le terrain glissant de la comédie romantique adolescente. Au placard les blagues vaseuses et le langage déconcertant d’insalubrité de Supergrave, ici, le coeur s’exprime en même temps que des pulsions toutes naturelles. Adventureland est l’exemple rare d’un teen-movie qui sait cerner au mieux le passage à l’âge adulte via l’apprentissage de l’amour et de toutes les déconvenues qu’elle peut engendrer. L’écurie Appatow a construit son image de marque par la confrontation paradoxale de deux éléments : l’humour graveleux, et l’amour sans limite pour des personnages aussi grossiers qu’attachant, finalement humains. Si Adventureland reste à l’écart d’un humour en dessous de la ceinture, il met le paquet pour ce qui est de s’attendrir sur le couple formé par James (Jesse Eisenberg) et Em (Kristen Stewart, l’héroïne de Twilight). Si le premier, comme on l’a déjà dit, est plutôt novice en la matière, la seconde, elle, possède plus d’expérience et entretient d’ailleurs une liaison avec un homme marié, également employé du parc d’attractions. Ce dernier agit tel un microcosme, une mini-société dans laquelle certains codes apparaissent, et où les ados se rêvent en adultes tout en répétant les mêmes erreurs que leurs parents.
Dans cette communauté adolescente, l’apprentissage de l’amour passe ainsi par la pratique de la trahison, copiée sur les comportements des adultes environnants. Em trompe ainsi la confiance de James avec l’employé marié du parc, et James se venge avec une de leurs collègues, la bimbo sur qui tous les garçons bavent ni plus ni moins. Adventureland est à la fois drôle et touchant. Sa plus grande force est de raconter une histoire déjà-vue avec une finesse et une justesse de ton magnifique. Sans quelques seconds rôles savoureux (les propriétaires du parc surtout), la pilule passerait sans doute moins bien. C’est aussi ça l’immense qualité des films de Mottola (et accessoirement des productions Appatow), que de ne rien laisser au hasard, de peaufiner tous les détails. Miracle de précision "mélancomique", Adventureland est à voir absolument !