Trois ans après la palme d’or de Cristian Mungiu avec 4 mois 3 semaines 2 jours, les cinéastes roumains sont toujours bien présents. Avant de voir si au prochain festival de Cannes la cinématographie roumaine remportera une nouvelle fois un prix (au moins un prix à chaque édition depuis 2001 toutes sélections confondues), avec les derniers films de Cristi Puiu (Aurora) et de Radu Muntean (Marti, dupa craciun), le festival international du film policier de Beaunes a présenté If I want to whistle, I whistle de Florin Serban et lui a décerné le prix sang neuf.Il faut préciser que déjà à Berlin le film avait fait son petit effet, et était reparti avec rien de moins que l’Ours d’argent-Grand Prix du Jury, et le Prix Alfred Bauer qui récompense le film jugé le plus novateur de la sélection.
If I want to whistle I whistle fait un peu penser à une version roumaine d’Un Prophète. Silviu vit ces derniers jours en prison avant sa libération prévue dans 15 jours. Le schéma traditionnel est donc inversé, il ne se termine pas par l’emprisonnement mais commence par l’annonce de la sortie. Le jeune héros n’est pourtant pas au bout de ses peines, avec les humiliations, les magouilles des codétenus jaloux et la réapparition d’une mère qui menace d’emmener son petit frère en Italie.

Florin Serban met ainsi le doigt sur une actualité sociale toujours difficile dans le pays de l’Union européenne le plus pauvre. Les inflations post-Ceaucescu et post-intégration ont provoqué un "exil parental" et le phénomène des "euros-orphelins". Les parents partent travailler à l’ouest, le plus souvent en Italie, plus proche géographiquement et linguistiquement, et laissent leurs enfants plus ou moins à l’abandon. Silviu est issu de cette génération, il a environ 18 ans, a élevé son frère quand sa mère partait travailler ou tenter de refaire sa vie. On n’a pas de précision quant au motif de l’enfermement mais c’est sans grande importance, on sait déjà que c’est le résultat de cette situation. Jusque là, le jeune homme semblait avoir trouvé un certain équilibre en prison, tout bascule au cours d’une visite de son petit frère qui lui annonce le retour de leur mère et son projet de l’emmener en Italie. A partir de là, le jeune homme multiplie les montées de violence, est prêt à tout pour être sûr de voir son frère à sa sortie, jusqu’à mettre celle-ci en péril.

Pour retranscrire au plus près ces surgissements soudains de la colère, du désir, de la crise, le réalisateur a opté pour une mise en scène épidermique. Il suit chaque geste, chaque pas décidé, chaque élan du corps en caméra portée. Une esthétique donc très proche du "minimalisme roumain", des films les plus connus tournés par la jeune génération ; mais également très européenne, à la fois dardenienne et influencée par Ken Loach.

Le film complète un portrait contemporain de la Roumanie et de ses institutions et établissements. Après l’hôpital dans La mort de Dante Lazarescu, les médias dans 12h08 à l’est de Bucarest, voici donc la prison. Elle ressemble plus à une sorte de camp militaire avec ses baraquements exigus et mal entretenus entourés de barbelés, le travail dans les champs, et une aire de repos/sport ressemblant à un terrain vague. If I want to whistle, I whistle s’échappe très peu de ce lieu et devient une sorte de huit-clos dans lequel on ressent constamment le sentiment d’impuissance et la frustration. La construction du point du vue interne dépend de cet environnement où la relation à l’autre est chaque fois complexe, parfois passionné, souvent conflictuel.