Le Festival Lumière 2009 était l’occasion de découvrir sur grand écran, chose inédite, le tout premier film de Don Siegel, The Verdict. Alors qu’il avait réalisé auparavant deux courts récompensés aux Oscar, Siegel se voit offrir par la Warner la réalisation de son premier long-métrage, l’adaptation du Grand mystère de Bow, un roman de Israel Zangwill, le "Charles Dickens juif". Il s’agissait là de l’un des premiers romans policiers dits de "chambre close".L’inspecteur George Grodman (Sydney Greenstreet) est contraint de démissionner de Scotland Yard après avoir fait pendre un innocent, et se confie à Victor Emmeric (Peter Lorre), un ami illustrateur qui l’aidera à surpasser sa tristesse. Mais Grodman engage un duel avec son successeur, l’inspecteur Buckley, et décide de faire toute la lumière sur le cas qu’il n’a pas réussit à résoudre, alors qu’un nouveau meurtre vient réveiller l’affaire...

Au delà des qualités indéniables du scénario adapté par Peter Milne, et qui renvoient aux meilleurs intrigues d’un Sherlock Holmes (d’ailleurs le duo formé par Greenstreet et le fabuleux Lorre peut faire penser à Holmes et Watson, d’autant que les deux comédiens ont huit films en commun dans leur carrière), The Verdict brille par les talents précoces de metteur en scène de Siegel, qui déjà sait composer ses cadres et installer des ambiances en parfaite corrélation avec le ton de l’enquête et de ceux qui y participent. Si la galerie de personnages est savoureuse : de la bonne hystérique qui verse quelques gouttes de whiskey dans son lait avant de dormir, au dessinateur (Lorre) attentionné et sournois, sans oublier la femme presque fatale du film, une chanteuse de cabaret qui n’a pas sa langue dans la poche, on peut dire de The Verdict qu’il cerne au mieux son époque, en l’occurrence la fin du 19ème à Londres, et sa société un brin aristocratique.
La mise en scène de Siegel accentue les différences de rang entre les personnages, d’abord dans la maison où le crime a eu lieu, où les étages figurent la place accordée par la société à ceux qui y habitent (la bonne au sous-sol, un député assassiné plus haut), ensuite par un épatant jeu sur les ombres et les lumières, et qui accentue la menace sur les personnages, ainsi que le potentiel jeu de mensonges auquel ils peuvent se livrer.
Dans cette géniale partie de Cluedo grandeur nature, les soupçons des enquêteurs ont la bonne idée de se déplacer d’un personnage à un autre, faisant de nos quatre ou cinq protagonistes principaux, des suspects numéro 1 en puissance sur lesquels les doutes se lèvent au dernier moment. Pour le spectateur, le mystère est présent jusqu’à la toute dernière scène, et révèle un twist auquel on aurait pu difficilement penser jusque là. The Verdict, film assez méconnu du grand public, souffre surement de ne pas avoir dans son casting une pointure de l’époque, mais rien que de dignes représentants de la série B. Ainsi dès son premier film, ses premiers pas, Siegel était prédestiné à rester dans l’ombre des cinéastes "officiels" des grands studios. La Warner ne reconduira d’ailleurs pas le contrat de Siegel suite à The Verdict, et malgré le succès du film...
Retrouvez toutes les informations sur le Festival Lumière 2009 ici
Retrouvez notre dossier Don Siegel ici