13 Tzameti (Un film de Gela Babluani)
Les sentiments n’existent plus
Par Julien Hairault, le 17 février 2006 2006
Film « coup de poing » de ce début d’année, 13 Tzameti débarque en salles précédé d’une forte réputation acquise aux derniers festivals de Venise et Sundance. Mais derrière l’onde de choc prévisible, se cache un premier film très fragile qui n’arrive jamais à nous emballer.

Sébastien (Georges Babluani) travaille au noir pour un couple dont le mari meurt d’une overdose, en laissant derrière lui une mystérieuse lettre qui promet de l’argent. Notre héros s’en empare et s’embarque dans une lente descente aux enfers qui le mènera dans une maison isolée en pleine forêt : où l’on parie sur des hommes qui jouent à la roulette russe.

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Gela Babluani développe sur une heure et demie une idée forte qui malheureusement ne reçoit pas le traitement qu’elle mérite. Il manque à ce premier film beaucoup d’intensités dramatique et formelle. Les choix esthétiques du cinéaste dérangent par leur incapacité à retranscrire l’incroyable tension qui peut émaner d’un tel sujet. L’utilisation du noir et blanc semble uniquement motivée par l’intention de souligner le maigre budget de l’œuvre, et l’on se retrouve très vite consterné par l’horrible montage des plans lors de la première partie du film. La lente introduction qui amène doucement le jeune homme à la découverte de la lettre est ratée, tant elle souffre d’une mise en scène incapable de tenir ses personnages correctement dans l’espace.

Après cette pénible entrée en matière, le film s’attache à nous montrer le « jeu » de la roulette russe, auquel participent des hommes un peu en marge et certainement à la recherche d’argent. Le spectateur se pose alors la question de savoir comment Babluani va mettre en scène cette terrible séquence qui sera par ailleurs amenée à être répétée au fil des tours. Si bien que le suspens ne vient pas des événements diégétiques, mais du traitement de la mise en scène elle-même. Or celle-ci déçoit encore énormément, étant donné qu’elle rate l’occasion de se concentrer enfin sur la tension qui émane des peurs des personnages. D’une manière générale, c’est tout le film qui se refuse à traiter l’humain comme tel : préférant tracer sa route dans une esthétique dépassée et totalement inoffensive (passé le premier tour du jeu, plus aucun suspens ne règne quant à la mise en scène et au résultat des épreuves suivantes).

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Peut-être Babluani n’a t-il pas voulu s’embarrasser de sentiments trop humains (il laisse de coté la cellule familiale pourtant porteuse d’un discours social évident), mais en les refusant en bloc comme il le fait : son film sonne creux du début à la fin. Le final très prévisible, tente pourtant de donner une dimension humaine au personnage principal qui meurt sous nos yeux après avoir accomplit sa bonne action (l’argent envoyé à la famille). Cette tentative de nous faire adhérer in fine au destin tragique du héros reste vaine, tant les séquences précédentes se seront acharnées à le laisser perdu au sein d’un ensemble antipathique.

A Sundance, Brad Pitt et Robert De Niro se sont mis en tête d’acquérir les droits de remake de l’œuvre. Nul doute qu’avec un metteur en scène un minimum intéressé par les sentiments humains, le résultat final risque de dépasser l’original.

Images : © MK2 Diffusion






Le 25 mai prochain, après une compétition d’une dizaine de jours, le jury du 61ème Festival de Cannes présidé par Sean Penn, décernera la tant attendue Palme d’Or au meilleur film de la sélection. En attendant d’en savoir plus, la rédaction de Fin de Séance vous livre ses cinq oeuvres palmées préférées :

  1. Pulp Fiction de Quentin Tarantino
  2. Taxi Driver de Martin Scorsese
  3. Elephant de Gus Van Sant
  4. Barton Fink de Joel & Ethan Coen
  5. Apocalypse Now de Francis Ford Coppola


Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
- Cinémas indépendants acceptant la carte Le Pass
- L’Institut Lumière à Lyon
- La Cinémathèque de Toulouse
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