Après son diptyque consacré à la bataille d’Iwo Jima (Mémoires de nos pères et Lettres d’Iwo Jima), Clint Eastwood revient derrière la caméra avec L’Echange, l’histoire vraie, mais non moins dramatique, d’une mère déterminée à retrouver son fils mystérieusement disparu.Los Angeles, 1928, un samedi matin, dans une banlieue ouvrière, Christine Collins (Angelina Jolie) est contrainte de se rendre au travail et de laisser son fils Walter, seul. En rentrant chez elle, l’absence de Walter sonne comme une évidence. Son fils a disparu, et, désemparée, elle se lance dans une recherche effrénée, s’achevant quelques mois plus tard par de fausses retrouvailles, orchestrées par la police de Los Angeles. L’enfant qu’on lui a restituée n’est pas son fils, elle en est persuadée. Le combat pour la vérité commence, Christine Collins comprendra très vite qu’elle est au centre d’un jeu de manipulation, savamment organisé par des institutions corrompues.

Si l’enjeu premier du film est de conter le destin d’une mère désespérée et meurtrie par la disparition de son fils, L’Echange n’en est pas moins un film politique, témoignant du contexte dans lequel Christine Collins a dû se battre. On y voit alors un monde dirigé par une police corrompue et où le poids de la presse et de la religion n’est pas des moindres. Christine Collins clame haut et fort " je ne veux que mon fils", mais c’est bien dans à ce monde endoctriné qu’elle va devoir se confronter. Elle va devenir malgré elle, le centre d’une bataille médiatique dans laquelle elle se laisse enrôler, dans l’unique but de retrouver son fils. Seule, au milieu de deux partis qui se déchirent dans une lutte d’intérêts, Christine Collins va devoir choisir son camp. Comprenant très rapidement les intentions peu louables du Capitaine Jones (Jeffrey Donovan), elle mène auprès du pasteur presbytérien Gustav Briegled ( John Malkovich) une lutte acharnée contre les exactions du LAPD. L’atmosphère devient pesante, tendue... On s’engouffre alors dans un monde d’insécurités, où les forces de l’ordre étouffent les dires compromettants, allant parfois jusqu’à trouver l’appui du corps médical.
Clint Eastwood met en scène une héroïne classique en proie à un mal moderne. Modernité incarnée par le Capitaine Jones, technocrate de la corruption. Le cinéaste met en scène une société américaine aussi hypocrite que dangereuse, dans laquelle les gens préfèrent tairent l’incompétence de la police et des institutions en général, en échange d’un paisible rêve américain.

Dans ses précédents films, comme Impitoyable, Un monde parfait ou encore Mystic River, Clint Eastwood réfléchissait déjà à la notion de justice. Ce thème prédomine évidemment dans L’Echange, mais cette fois sa vision du Bien et du Mal frôle parfois la caricature. Un manichéisme qui tend à nuancer l’enthousiasme provoqué par la sortie de ce nouveau film. Malgré un synopsis attractif, qui laissait attendre un film noir dans la lignée de Mystic River, le bilan est mitigé. Le manichéisme est parfois tellement palpable à l’écran que nous avons du mal à croire en cette femme dévouée, toujours tirée a quatre épingles, tellement parfaite, et torturée honteusement par le Capitaine Jones. Tout est construit sur la base d’un réseau d’oppositions entre le Bien et le Mal, la vérité face aux mensonges, la justice face à l’injustice... Une balance parfaitement équilibrée, mais c’est justement sur ce point que ce film pèche. Il ne laisse pas assez de place à l’ambivalence, à l’ambigüité, tout est dit d’avance. Le manichéisme entraîne dans sa chute la relation mère/fils, incroyablement fusionnelle et outrancièrement lisse du début du film. Pendant la première moitié de ce dernier, plane un goût amer de déjà vu, où le ton mélodramatique occupe une trop grande place. Le film commence à prendre de l’épaisseur quand Christine Collins s’autorise à quitter son rôle de mère parfaite et laisse place à une Angelina Jolie très convaincante dans l’hystérie dramatique, dans des scènes qui s’écartent quelque peu du drame convenu. C’est alors que le film prend une toute autre voie, et que le suspense eastwoodien reprend ses droits, avec l’arrivée aussi soudaine que glaciale, d’un bourreau d’enfants. S’en suit alors des révélations destructrices, des jugements, des confrontations ou l’on retrouve l’ambivalence, dont l’absence faisait défaut au film jusque là.
Malgré quelques déceptions, Clint Eastwood signe toutefois ce dernier film d’une main de maître. Il rend hommage au cinéma des années 40 et 50 avec une photographie superbe emplie d’une lumière surannée. L’Echange, malgré un penchant trop mélodramatique, est un excellent divertissement. Eastwood reste dans sa lignée de conteur exceptionnel sachant magnifier ses histoires par une réalisation classique et toujours aussi efficace.