Le premier volet du diptyque consacré à Jacques Mesrine par Jean-François Richet, s’il se positionne comme une réussite dans le domaine du film d’action made in France, est en revanche une déception assez grande dans ce qu’il apporte en informations et en profondeur au plus grands des gangsters français.L’Instinct de mort (en attendant L’ennemi public numéro 1, prévu pour le 19 novembre) raconte donc les premiers pas de Jacques Mesrine dans le grand-banditisme. De la guerre d’Algérie à Montréal, où il fréquenta le front de libération du Québec, en passant par ses premiers faits d’arme en France dans les années 60 aux côtés des parrains parisiens (l’un d’entre eux étant incarnés avec un certain brio par Gérard Depardieu), Mesrine (le film) s’en tient à une accumulation des moments forts de la vie de son personnage éponyme. Très vite, L’Instinct de mort prend la tournure d’un best of, compilant les scènes clés d’un homme aussi violent dans la sphère privée (très dures séquences avec ses femmes) que dans celle professionnelle (pas besoin de vous faire un dessin).

Jean-François Richet s’autorise de nombreuses ellipses, sautant les années d’une séquence à l’autre, laissant le spectateur dans l’inconnu la plupart du temps. En moins de dix minutes, Mesrine a une fille, puis un fils, et une deuxième fille. Les événements de sa vie défilent sans que l’on puisse rien y faire. Il est alors difficile de bien cerner le personnage, d’autant que l’action, la vraie, est privilégiée de bout en bout. Sans doute pour éviter de trop « s’attacher » au gangster, de prendre sa défense, Richet a t-il voulu limiter le plus possible les séquences qui auraient rendu Mesrine humain, pire, sympathique. Le parti pris de ne s’en tenir uniquement à des scènes qui ne s’immiscent pas dans la psychologie du personnage entraîne irrémédiablement le film sur les pentes du film d’action à l’américaine : casting all-star, filmage nerveux et virtuose...
De ce côté là, Richet sait y faire. Si sur le fond, son métrage manque d’âme, la mise en scène des exploits de Jacques Mesrine assure à son film un certain crédit. Le cinéaste qui signe là son premier film à gros budget, et qui dirige une foultitude de stars (Cassel, Depardieu, De France..., en attendant Le Bihan, Lanvin et Gourmet dans le second volet), n’est pas le plus maladroit des auteurs français dans la mise en scène de la violence. Si l’influence des grands maîtres américains est fortement présente (De Palma pour les split-screens et la musique Herrmanniene du générique, et Michael Mann pour le filmage des fusillades), le travail de Richet suffit à assurer le spectacle notamment lors des belles séquences dans la cour de la prison canadienne.

A défaut de s’intéresser de près à la psychologie de Mesrine, Jean-François Richet dresse le portrait du truand à travers la violence, pas seulement celle qu’il inflige à ses victimes, mais aussi celle qu’on peut lui infliger (en cellule d’isolement en prison). L’épisode algérien fait office de scène fondatrice pour le personnage. De là naît un désir d’émancipation et d’opposition face à l’autorité. A l’image de Tony Montana, Jacques Mesrine part de rien et se sert de la violence comme fil rouge pour s’imposer dans le milieu et se faire respecter. Le programme de L’Instinct de mort ne tient que dans cette stratégie. Pour le spectateur, cela se résume à une succession de séquences fortes. Gageons que L’Ennemi public numéro 1 saura redresser la barre pour faire en sorte qu’au final, le producteur Thomas Langmann (spécialiste en menu best of, cf. son immonde Astérix aux Jeux Olympiques) n’aura pas lancé le projet Mesrine uniquement pour faire du chiffre sur le dos d’un public en manque de sensations fortes.