A history of violence (Un film de David Cronenberg)
Meurtrier des familles
Par David Honnorat, le 15 novembre 2005 2005
Tom Stall est un père de famille bien rangé (ou presque). Il tient un café dans un petit village, il console sa fille quand elle fait des cauchemars, il ramasse les canettes vides devant sa vitrine...

Mais Tom Stall n’est tout de même pas tout à fait M. Ingalls de La Petite Maison dans la Prairie. Pour dynamiser leur vie sexuelle, sa femme (jouée par Maria Bello) se déguise en lycéenne et ils "baisent" ; à défaut de faire l’amour.

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Un événement va toutefois remettre en question cet équilibre. Deux tueurs débarquent un soir dans le restaurant de Tom Stall et menacent la serveuse. Tom Stall n’hésite pas une seconde. En quelques secondes il élimine les deux malfrats avec une efficacité incroyable. Il est fêté en héros par toute la ville et fait la une des journaux télévisés. Quand de mystérieux personnages, ayant eu vent des exploits de Tom Stall, débarquent dans le café, Tom se trouve confronté à un passé trouble.

A history of violence est-il le récit intimiste d’une famille en apparence paisible soudainement chahutée par la violence, ou s’agit-il d’une grande fresque sur l’humanité et son rapport à la violence ? La grande force du film est qu’il parvient à être les deux à la fois. En fait la dualité des thèmes et des points de vue est présente tout au long du film. La violence va de paire avec le sexe, le récit est à la fois conceptuel et intimiste, les scènes et les actes sont presque toujours doubles.

Les personnages eux aussi sont doubles. Tom Stall alterne entre tendresse et brutalité, sa femme se situe entre fantasme et dégoût et leur fils navigue entre haine et sérénité. Sur ce terrain, qui n’est pas tout à fait celui de la schizophrénie, tous les acteurs sont excellents.

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La violence est traitée, au même titre que le sexe, comme un instinct salvateur et vital. Mais ces instincts sont aussi empreints d’une certaine bestialité. Et c’est autour de cette bestialité, que Cronenberg considère comme inhérente à l’homme (naturelle et héréditaire même), qu’est mise en évidence l’humanité des personnages. D’abord par un refoulement (signe d’une volonté de contrôle de l’homme sur ses émotions), puis, parce que ce refoulement est partiel ou temporaire, par la précision et la rationalité des actes exécutés.

Les raisons sont floues, il n’y a pas à proprement parler de cause, la violence est là, terrifiante, elle propage la mort sur l’écran.

Cronenberg construit finalement son film autour des deux piliers que sont le sexe et la violence. La violence est à la fois ce qui régule les existences individuelles et ce qui ronge la civilisation, cependant elle peut aussi être à la fois le ciment de la civilisation et un parasite de l’existence. Cette ambiguïté est la cause du traumatisme causé par le film. Les personnages s’engagent dans des voies par ailleurs condamnables, mais ces engagements sont nécessaires, ils permettent aux personnages de survivre et de s’affirmer. Dans cette tension, entre ce qui est à la fois inacceptable et nécessaire, on assiste à la naissance du fantasme (scène du presque-viol dans les escaliers).

Si l’ouverture du film est curieuse (elle présente la menace d’une manière presque comique) la fin est en revanche plus claire. En effet, la dernière scène montre un repas rassemblant l’ensemble de la famille. Celle-ci est rassemblée dans l’attente du père. Son retour, synonyme de triomphe, assure le retour au calme. Mais ce retour au calme est extrêmement ambiguë puisque la situation finale comporte une nouveauté non négligeable : le père est un meurtrier. Tous en avaient pourtant déjà une conscience instinctive, la petite fille peut mettre le couvert : "Dad is back", rien à signaler.

Images : © Metropolitan FilmExport






Pour la sortie du nouveau film de M. Night Shyamalan, l’excellent Phénomènes, la rédaction de Fin de Séance a concocté un nouveau Top 5 sur le thème du suicide :

  1. Les ados de Virgin Suicides de Sofia Coppola
  2. Le culte Harold et Maude de Hal Ashby
  3. Le suicide de Belmondo dans Pierrot le fou de Jean-Luc Godard
  4. L’honneur des soldats japonais dans Lettres d’Iwo Jima de Clint Eastwood
  5. Le suicide de Grosse Baleine dans Full Metal Jacket de Stanley Kubrick

Sans oublier le méconnu Suicide Club de Sion Sono, et l’hommage rendu à Kurt Cobain par Gus Van Sant dans Last Days



Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
- Cinémas indépendants acceptant la carte Le Pass
- L’Institut Lumière à Lyon
- La Cinémathèque de Toulouse
- Le Ciné-Club de Caen

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