Les Berkman se séparent (Un film de Noah Baumbach)
Nostalgie de la baleine
Par David Honnorat, le 16 août 2006 2006
Co-scénariste avec Wes Anderson de The Life Aquatic with Steve Zissou (La Vie aquatique), Noah Baumbach raconte ici, avec humour et finesse, la séparation d’un couple d’intellectuels new-yorkais.

Bernard (Jeff Daniels) et Joan (Laura Linney) Berkman sont tous deux écrivains. Lui a connu le succès il y a bien longtemps et doit aujourd’hui de la routine des cours qu’il donne à l’université, elle, au contraire, voit sa notoriété grandir de jour en jour.

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Culture de la gagne ; la partie de tennis qui ouvre le film résume déjà la situation. D’un côté le père et l’aîné joue les coups à fond, trop déçus de ce qui arrive, ils font en sorte de "faire mâle". Face à eux, la mère et le benjamin encaissent, ils ne jouent pas pour gagner. Situé dans les années 80 le film est empreint de nostalgie. Celle-ci en alimente à la fois la forme (jusqu’au grain de l’image) et le fond.

Il est question d’abord de la nostalgie réelle, du regret d’un passé révolu où le père avait du succès, où le fils allait au musée avec sa mère et se cachait les yeux devant le combat entre le calamar et la baleine (le titre original du film est The Squid and the Whale), d’un temps où Bernard et Joan s’aimaient encore et où les Berkman étaient unis. Au delà de ça, on trouve dans Les Berkman se séparent une nostalgie fantasmée ou culturelle. La culture, ici, est d’abord ce que le père, blasé, croit dominer en servant à ses fils des exégèses lapidaires. C’est aussi une propriété artificielle pour l’aîné Walt qui parle sans connaître de La Métamorphose de Kafka ou de La Splendeur des Amberson d’Orson Welles et qui reprend à son compte un morceau de Pink Floyd, prétextant après coup qu’il a eu l’impression qu’il aurait pu l’écrire lui-même.

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La culture est par ailleurs ici un critère de jugement snob, on voit ainsi Bernard expliquer à son fils Frank qu’on peut cataloguer les gens en fonction de leurs goûts littéraires ou cinéphiles. La culture peut enfin être l’un des éléments qui fait osciller cette comédie, par ailleurs très drôle, entre le burlesque et le tragique. Elle devient ainsi pathétique quand, Bernard étendu sur une civière après avoir fait un malaise en pleine rue tente piteusement de se mettre en scène en susurrant à sa femme les derniers mots de Belmondo dans A bout de souffle. "Dégueulasse !". Sa femme ne saisit pas la référence ce qui ne fait que souligner la profondeur de leur rupture.

Images : © Samuel Goldwyn Company






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
- Cinémas indépendants acceptant la carte Le Pass
- L’Institut Lumière à Lyon
- La Cinémathèque de Toulouse
- Le Ciné-Club de Caen

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