Bref aperçu de cette deuxième édition du Festival International du Film Policier de Beaune. La sélection Sang Neuf, plus osée tant du point de vue des scénarios que sur la forme, a plus particulièrement attiré les rédacteurs de Fin de Séance. Au final, des films de qualités très différentes, peu de très grandes réussites.Loin d’Eden de Dany Lerner

Sans doute le film le plus décevant. Présenté par l’actrice principale, Olga Kurylenko, elle a surtout expliqué qu’elle s’était senti personnellement touché par le sujet du film : la "traite des blanches" et la violence conjugale. Pourtant, on assiste surtout à une superposition de scènes clichés sans nuances, souvent mal jouées et mal écrites. La technique et la réalisation ne rattrapent rien, l’image numérique est d’une qualité médiocre, et la mise en scène ne vaut guère plus qu’un banal téléfilm ou une série télé (française...), voire frôle quelquefois le grotesque avec des effets comme le zoom ou le 360° assez ridicules. Quelques séquences relèvent un peu le tout et parviennent à créer un peu de suspens et d’attachement du spectateur mais elles sont très vite rattrapées par les faiblesses grossières d’un film trop plein de bons intentions.
Slice de Kongkiat Komesiri
Polar thaïlandais sanglant et politiquement très incorrect (à l’heure où les chemises rouges manifestent contre la corruption du gouvernement et des institutions étatiques ; corruption dont il est fait état dans Slice), ce film de Kongkiat Komesiri, grosse star dans son pays, n’a malheureusement pas su charmer le Jury de la sélection Sang Neuf, et ce, malgré le brio d’une mise en scène protéiforme et novatrice, jamais tappe-à-l’oeil bien qu’usant de tout un attirail d’habitude utilisé à mauvais escient : gros plans, grand angle, ralentis, noir et blanc... Le film suit la trace d’un flic infiltré en prison, que l’on relâche pour enquêter sur un tueur en série qu’il pourrait avoir connu dans ses jeunes années. Slice aborde le thème de l’enfance sacrifiée au travers de scènes osées (pédophilie, prostitution), souvent insupportables, mais jamais voyeuristes. Derrière la carrière de ce policier, Komesiri dresse surtout un portrait sombre et violent de la Thaïlande d’aujourd’hui, et la géniale séquence de massacre dans une maison-close peut se voir comme un éxutoire, et probablement aussi comme le plus violent et graphique moment de cinéma de l’année. Slice est un film à voir absolument, qui sortira en DVD chez Wild Side au second semestre.
La Disparition d’Alice Creed de J. Blakeson

Au départ, on s’attend au pire. Deux hommes achètent corde, perceuse, scotch, sommier et capitonnent une pièce avant d’enlever la fameuse Alice Creed, fille à papa rebelle. S’ensuit un huit-clos assez plaisant, parfois déroutant, où à la question va-t-elle s’en sortir ? se substitue très vite celle-ci : qui des 3 maitrise la situation et va repartir avec le butin ? Puis, finale en boucle, sortie de l’appartement et retour d’une atmosphère plus morbide et malsaine. Un petit film plutôt réussi, les dialogues, les rebondissements et le jeu des acteurs tiennent en haleine, sans fausse note mais sans coup d’éclat non plus.
The Killing Room de Jonathan Liebesman
La claque du festival, avec Slice ! Un film perpetuellement sous tension, qui prend le spectateur à la gorge pour ne plus le lâcher, y ajoutant au passage une bonne dose de réflexion politique dans l’ère du temps, à propos des dérives sécuritaires de l’Administration américaine suite au 11 Septembre 2001. Liebesman place quatre citoyens américains dans une pièce quasi-vide. Ils sont venus participer à une expérience scientifique rémunérée, mais ne savent pas que c’est bien plus compliqué que cela, et qu’ils ne ressortiront pas tous vivants de cette journée en enfer. Sorte de Cube politique, The Killing Room a pour lui une interprétation sans faille, sur laquelle règne le géant Peter Stormare en chef d’orchestre manipulateur et flippant, et qui donne la réplique à une Chloé Sévigny comme toujours parfaite. Si l’on peut regretter que le métrage tombe dans la facilité d’un discours finalement très peu subersif, on ne peut qu’applaudir la belle mise en scène d’un jeune réalisteur (auteur du remake de Massacre à la tronçonneuse) à suivre de près, et capable d’installer un gros malaise dans une salle de projection pleine.
The Killer Inside Me de Michael Winterbottom

Au coeur de l’Amérique profonde et intemporelle, on découvre Lou, jeune playboy serviable et poli, bien comme il faut sous tout rapport, il travaille au service du shériff. Voici Casey Affleck dans un de ses meilleurs rôles. Pourtant déjà, dans sa diction, basse, douce mais désarticulée, quelque chose ne tourne pas rond. Tueur calculateur et psychopathe, il se révèle capable du pire. On le croit un temps vengeur d’une injustice vécue par son frère, et rattrapé par la bonne morale des valeurs les plus christiano-nord américaines. Que néni, ici c’est davantage Eros et Thanatos qui sont à l’oeuvre, excitation sexuelle, violence coïtale puis de sang-froid. Pour le spectateur, le trouble schizophrénique est double puisqu’il se retrouve complice malgré lui, voyeur impuissant à dénoncer son héros, il comprend toujours un peu avant les autres protagonistes ce qu’il a en tête. Michael Witterbottom signe ce thriller au casting impressionnant (Jessica Alba, Kate Hudson, Elias Koteas...), un film maitrisé, un acteur dont on perçoit enfin toute l’ampleur du talent, mais malheureusement, un peu en deçà, la mise en scène ne relève rien et le sadisme psychologique aurait mérité à prendre encore plus d’ampleur.
Téhéran de Nader T. Homayou
Film iranien tourné clandestinement dans la capitale, Téhéran offre une tentative de polar dont la maigreur des moyens utilisés empêche finalement toute élévation du métrage. On y suit un mendiant qui se fait enlever son bébé, nourisson qu’il avait d’ailleurs loué pour augmenter son capital empathie auprès des passants, et qui le plonge alors dans une histoire de réglement de compte. Dans un premier temps, l’aspect néoréaliste du film étonne et intrigue, dans la lignée du Voleur de bicyclette, mais ensuite, le métrage est rattrappé par ses faiblesses techniques et scénaristiques, n’offrant rien d’autre qu’un errement pénible dans la capitale, et une description noire de la société iranienne.