Linda (Frances McDormand) et Chad (Brad Pitt) travaillent dans un club de fitness, et mettent la main sur un Cd qui contient les mémoires d’un ex-agent de la CIA (Osbourne Cox, joué par John Malkovich). Prêts à tout pour faire chanter ce dernier pour de l’argent, ils s’engagent sans le savoir dans une affaire totalement incongrue et délirante...Première bonne nouvelle, le retour en forme des frères Coen annoncé par le magnifique No Country for Old Men en début d’année, se confirme avec ce Burn After Reading, comédie très réussie qui profite d’un casting incroyable pour briller. Alors qu’on redoutait un Intolérable cruauté bis, c’est finalement du côté de The Big Lebowski que les comparaisons apparaissent, même s’il faut bien préciser tout de suite que les aventures du Dude sont bien supérieures à celles de nos apprentis espions.

C’est que les anti-héros de Burn After Reading ont la naïveté et la gaucherie de Jeffrey et Walter dans The Big Lebowski. Ils partagent aussi avec ces derniers un vocabulaire grossier où fuck se conjugue et s’accorde à toutes les sauces. Mais le point commun essentiel à ces deux métrages résident dans des intrigues tournées vers l’absurde, la dérision, et le grotesque. Le CD trouvé par Chad et Linda ne représente même pas un danger pour la CIA et Osbourne Cox, mais c’est davantage leur bêtise qui effraie et inquiète, semant le doute dans les arcanes d’un pouvoir peu habitué à voir le citoyen lambda, le bon samaritain, causer des dégâts d’ordre politiques. Dans Burn After Reading, tous les personnages se courent après, sans même savoir que la cause qu’ils défendent ne tient pas la route. Seule Linda, motivée par l’envie de se payer des opérations de chirurgie esthétique, s’entête dans son chantage dérisoire au point d’aller rendre visite aux Russes, comme en tant de guerre froide, signe évident qu’elle est totalement déconnectée de la réalité.

Ce n’est pas un hasard non plus si la scène la plus drôle de Burn After Reading renvoie directement à l’un des moments clés de The Big Lebowski. Brad Pitt incarne donc Chad, un coach de salle de gym aussi beau gosse que débile (cheveux en brosse, mèches blondes), et chargé par Linda de récupérer une rançon de la part de Osbourne Cox, en échange du précieux Cd compromettant. Mais rien ne se passe comme prévu. Cox refuse de payer et prévient même son interlocuteur de la stupidité de ses actes, qui lui vaudront à coup sur de gros ennuis. Chad, qui ne se démonte pas, tente de l’intimider, en vain... Si la scène permet à Brad Pitt de livrer une performance comique incroyable, elle nous rappelle surtout le délire de Walter dans The Big Lebowski, où, au moment de livrer la rançon aux (faux) ravisseurs de Bunny, décide de garder l’oseille et de leurrer les truands avec un sac plein de caleçons. Deux scènes quasi-identiques qui reposent sur des tentatives avortées d’échange de biens au milieu d’intrigues qui n’existent que par (et pour) la paranoïa que leurs personnages installent. Rappelons que dans The Big Lebowski, tout part d’un tapis souillé par de la pisse, et d’une fausse histoire d’enlèvement qui voit se mélanger des nihilistes à la haute bourgeoisie californienne, en passant par le plus simple des communs des mortels : the Dude. Plus le taux d’improbabilité est élevé, plus la réussite du film est grande en fonction de son potentiel comique.
Burn After Reading brille donc par l’adresse de ses dialogues et le talent des comédiens qui les déclament. Brad Pitt on l’a dit, s’en sort remarquablement bien. Mais le reste du casting est à l’avenant. Mentions spéciales à John Malkovich dont les éclats de colère font mouche à chaque fois, et à Frances McDormand, qui forme avec Brad Pitt un délirant couple de coachs sportifs totalement à côté de leurs baskets. Situation qu’ils partagent avec les agents de la CIA, dont les dialogues comptent parmi les plus jouissifs du film, y ajoutant même une dose bienvenue d’inpolitiquement correct.

Après, on peut bien entendu regretter que le film ne s’en tienne finalement qu’à ces performances d’acteurs mises au service d’un scénario qui n’en est pas vraiment un. Les rebondissements sont maigres, souvent téléphonés, et même si l’on aime énormément les quelques effusions de sang et le filmage parfois inquiétant de certaines scènes (quelques prises de vue filmées façon jumelles, de loin, et instables), ce Burn After Reading, bien supérieur aux terriblement décevants Intolérable cruauté et Ladykillers, se positionne dans un entre-deux dans la filmo des frères Coen. Pas indispensable comme peuvent l’être The Big Lebowski ou No Country for Old Men, mais pas non plus mineur à l’image d’un O’Brother ou d’un Grand saut, Burn After Reading est simplement une comédie très efficace et décapante, à consommer sans modération et de toute urgence.
Lire l’analyse critique de No Country for Old Men,