Au programme de ces notules du mois de Mai : la confirmation du cavalier seul de Jean Dujardin sur le terrain de la comédie made in France (OSS 117 : Rio ne répond plus), l’adaptation partiellement réussie de Star Trek par le trublion du petit écran J.J. Abrams, et enfin deux merveilles du cinéma japonais à voir absolument !
OSS 117 : RIO NE RÉPOND PLUS de Michel Hazanavicius

Faisant suite à Oss 117 : Le Caire Nid d’espions, ce second volet des aventures d’Hubert Bonisseur de la Bath surpasse son modèle sur presque tous les plans et fait de Rio ne répond plus une des meilleures comédies françaises de ces dernières années. Orfèvre d’un humour quasi-alternatif, Hazanavicius parvient à déjouer tous les pièges tendus par le comique référentiel d’Oss 117, notamment celui de la parodie, qui peut facilement glisser dans le dénigrement du matériau d’origine. Rio ne répond plus affiche au contraire, dans son traitement, un amour absolu pour ses personnages et son ambiance 60’s, quelque part entre euphorie démonstrative (les splits-screens) et vieille France gominée du Général De Gaulle. Jean Dujardin est d’ailleurs parfait en agent secret absurde, porteur d’une naïveté attachante comme d’une ignorance crasse et véhiculant les pires clichés sur un monde qu’il ne comprend pas. Jamais le réalisateur ne s’abaisse à souligner grossièrement ses effets comiques, ses références, et surtout ne troque en aucun cas son humour transgressif (et parfois volontairement régressif) pour un politiquement correct castrateur. De plus, Oss 117 : Rio ne répond plus s’offre le luxe d’être excessivement bien filmé, Hazanavicius ne bâclant pas ses scènes d’action sous prétexte qu’il tourne une comédie, comme c’est trop souvent le cas. Le réalisateur transcende ainsi son propre style dans un final qui impressionne par sa flamboyance et écrase avec une arrogance folle toutes les tentatives hexagonales du genre.
par Julien Dumeige
STAR TREK de J.J. Abrams

Difficile exercice que de se lancer dans la rénovation et la vulgarisation d’un des plus riche univers science-fictionnel jamais crée en images. J.J. Abrams relève le challenge avec efficacité sans pour autant faire preuve de hautes fulgurances, que personne n’attendait d’ailleurs de la part du créateur d’Alias. Introduisant l’univers relooké de Star Trek dans une amusante première partie (voir la course poursuite en voiture sur fond de Sabotage), Abrams centre son récit autour du destin du Capitaine Kirk, très vite insupportable en sale gosse, et à l’occasion, de Spock, bien mieux traité que ce dernier. Le spectateur est ainsi condamné à voir évoluer ces acteurs peu charismatiques, renvoyant le casting trois étoiles au second, voire au troisième plan (Winona Rider invisible, Eric Bana méconnaissable, Simon Pegg et même une petite surprise avec Leonard Nimoy, l’acteur originel de M. Spock). Cependant, le métrage se rattrape visuellement grâce aux excellents effets spéciaux et aux scènes d’actions incessantes, correctement filmées mais avec une grande froideur par Abrams qui lutte laborieusement contre ses réflexes télévisuels, notamment dans la construction narrative, proche d’un pilote de série. D’autant que le tout est soutenu par le piètre score de Michael Giacchino, d’une banalité sans nom qui évince par la même occasion le thème original de Goldsmith. Jamais épique et affecté par un dernier acte raté, Star Trek demeure pourtant un honnête divertissement et surtout un space-opéra sur grand écran, fait assez rare pour s’y intéresser.
par Julien Dumeige
TOKYO SONATA de Kiyoshi Kurosawa & STILL WALKING de Hirokazu Kore-eda
Opportunément, ces deux films japonais, parmi les plus beaux métrages sortis en salles depuis le début de l’année, saisissent chacun de leur côté, un personnage en prise directe avec la crise économique mondiale actuelle. C’est même, le thème central du nouveau film de Kiyoshi Kurosawa, qui sur le même procédé que L’Emploi du temps de Laurent Cantet, raconte l’histoire d’un cadre licencié par sa boîte, et qui cache la nouvelle à sa petite famille, prétextant partir au travail tous les jours, quand il ne fait que rejoindre, dans un terrain vague, des dizaines d’hommes au chômage dans sa situation. A partir de là, c’est toute la cellule familiale qui se décompose. Le fils aîné s’engage dans l’armée américaine, quand le plus jeune, contre l’avis d’un père en perte d’autorité, décide de mettre l’argent de la cantine dans des leçons de piano. La mère, très vite au courant du cinéma que lui joue son mari, s’émancipera elle aussi de son foyer en fuyant. Tokyo Sonata, comme beaucoup des films de Kurosawa, mélange à merveille la justesse d’un discours, qui sans être politique, arrive tout de même à alerter sur l’état précaire d’une société livrée à l’aléatoire d’un capitalisme à plusieurs vitesses, avec l’incursion, en fin de métrage, du fantastique et de l’onirique. S’il en fait parfois un peu trop, quitte à nous sortir le temps de quelques scènes, de son histoire, Kurosawa signe là l’un de ses plus beaux films.

On trouve également dans Still Walking, le nouveau film du génial réalisateur de Nobody Knows, un personnage identique à celui de Tokyo Sonata. Le temps d’une journée, Still Walking pose son regard sur une réunion de famille à Yokohama, où les parents reçoivent leurs deux enfants (ainsi que femme, mari, et petits-enfants) en commémoration de l’aîné, mort noyé en sauvant un jeune garçon dans la mer. Le fils de la famille, sans travail, cache à ses parents et à sa sœur sa situation. Chez Kore-eda, l’intrigue ne tourne pourtant pas autour de ce simple fait. Elle s’intéresse de fait, aux relations plus générales et intimes qui se nouent entre tous ces personnages, d’une génération à une autre, dressant ainsi le portrait d’une famille, qui à défaut d’être modèle, pourrait recevoir l’étiquette de typique. Hirokazu Kore-eda est un grand cinéaste, qui non content de mettre en scène tout cela avec une folle élégance, et une maîtrise parfaite de la direction d’acteur, se place en digne et unique successeur du maître Ozu, à qui ce Still Walking merveilleux fait penser d’un bout à l’autre.
par Julien Hairault