Ce Discours d’un Roi est l’archétype même du film à acteurs, candidat autoproclamé aux différents prix internationaux. Précédé d’une réputation boursouflée, le film de Tom Hooper illustre parfaitement les dérives du film grand public, vulgarisation d’une période historique infiniment plus complexe que son scénario ne la laisse entendre.Dès les premiers plans, découpage académique oblige, le didactisme fatigue. C’est d’abord le micro de la TSF, ennemi juré du futur George VI, qui a les honneurs des gros plans. Ceux-ci sont d’ailleurs dépouillés de tout exigence esthétique pour « épargner » au spectateur toute digression a priori perturbante. Le visage de Colin Firth, déformé par les rictus du bègue, s’empare dès lors de l’intégralité du cadre, la mise en scène s’effaçant de manière permanente derrière les visages des acteurs. Ceux-ci sont tous formidables, Colin Firth et Geoffrey Rush en tête, mais tournent en rond dans une démonstration cyclique qui se veut ludique mais échoue dans l’épreuve ultime : la durée.

Sous forme de pièce de théâtre Le Discours d’un Roi aurait été un triomphe amplement mérité ; seulement, le choix de l’instrument cinéma est inapproprié. Ici c’est le destin du duc d’York, second à la succession de George V, qui prime envers et contre toute légitimité historique. La simplification excessive du problème qu’il rencontre, appuyé par la musique grandiloquente d’Alexandre Desplat, mine gravement la relation entre le patient (George VI – Colin Firth) et le soignant (Lionel Logue – Geoffrey Rush). Celle-ci est, au choix, trop ou pas assez approfondie, dans un aller-retour frustrant d’adhésion et de rejet de la part du futur monarque. Le poids écrasant du devoir, allié à la culpabilité de l’imperfection visible (le bégaiement), devient alors pathétique là où il aurait sans doute dû être empathique. L’émotion fait gravement défaut dans cette fresque unilatérale où Hitler fait figure de grand méchant loup lointain, à peine convoqué par des images d’archives trop peu signifiantes.
Le pire, peut-être, c’est que le film plaira sans nul doute à de nombreux spectateurs de par le monde, subjugués devant un destin hors du commun qui n’a pourtant pas eu le traitement cinématographique qu’il eût mérité. Ce film de faiseur aurait été acceptable sans l’illusion d’impeccable propreté qu’il donne, un film où tous les rôles sont anonymes et interchangeables, c’est-à-dire tous ceux qui étaient derrière la caméra, illustres artisans d’une œuvre sans origine et donc sans but. Cette illusion est la grande faute d’un long-métrage qui imite l’héroïsme pour cacher les grosses ficelles d’une superproduction estampillée « à oscars ».

Le pire, sûrement, c’est qu’il n’y a pas de coupables, seulement des complices à un échec artistique écrasant, alourdi par ce qu’il promet : la beauté de l’Histoire et l’absence du hasard. Malgré ces nombreuses séquelles, le film de Tom Hooper reste une anecdote historique éphémère, polie comme l’argenterie royale d’un film creux et triste, vestige d’une époque révolue : celle où la fiction se substituait à la réalité, délit de rêve et d’espoir.