Pedro Almodovar [rétro années 2000]
Par Chloé Pangrazzi, le 10 février 2010 2010 - hiver - 18:36
Selon la plupart des sources, et ce jusqu’au début des années quatre vingt dix, Almodovar serait né a Calzada de Calatrava le 25 septembre 1949. Mais le cinéaste espagnol ne serait en fait venu au monde qu’en 1951. Un détail anodin sans doute mais qui rappelle que la vraie vie d’Almodovar est hors d’atteinte.

Avant de commencer, il faut rappeler le contexte dans lequel Almodovar évolua durant son enfance. Il vit dans la Manche, le pays est pauvre et Franco accroit son règne. Les artistes se heurtent à la censure, et produisent des films dénués de tout intérêt. La Manche est encore plus touchée par la situation économique catastrophique et de fait les productions culturelles ou intellectuelles sont au point mort. Almodovar parlait souvent de misère et d’austérité intellectuelles. Pourtant il garde de son enfance un souvenir impérissable qui s’illustre à travers ses films par le thème du retour au village, aux sources, thème qui nourrit Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? et qui s’épanouit réellement dans Volver (qui signifie "revenir" en français). Ses parents et plus précisément sa mère, participent à la vie intellectuelle de leur village en ouvrant un commerce de lecture et d’écriture de lettres, Almodovar se rappelle de la manière dont elle enjolivait les lettres, de son art de manier les mots selon les attentes de ses destinataires. C’est ce souvenir qui fera naître une des phrases qui illustrera toute son œuvre cinématographique : « la réalité a besoin de la fiction pour être complète, pour être plus agréable, plus vivable ». Cette phrase est à l’image de ses films qui mêlent jusqu’à l’osmose réalité et fiction, vie et cinéma.

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Lorsqu’Almodovar va sur ses dix ans, ses parents consentent à l’envoyer chez les pères Salésiens à Cacérès. Il devient soliste, et témoin d’agressions sexuelles il perd la foi. Le thème de la religion revient très fréquemment dans les films du réalisateur espagnol, sur le mode comique comme Dans les ténèbres ou plus tragique comme dans La Mauvaise éducation. Puis vient le temps du départ pour Madrid et de la Movida. A 16 ans, à son arrivée il déniche pour subsister, une place d’opérateur à la Compagnie Nationale du Téléphone, qu’il conserve pendant 10 ans. Toute la première partie de sa filmographie (de 1980 à 1987) sera le reflet de la Movida. La Movida est un courant iconoclaste rattaché entre autre à la post modernité, au pop art et au mouvement punk qui a déferlé sur une Espagne à peine remise des quarante années de franquisme. Ce mouvement irrigua tous les aspects de la culture espagnole durant les années 80. Almodovar qui fréquentait les milieux underground s’imposa comme l’un des chefs de file de la Movida en posant la spécificité de l’esthétique du cinéma espagnol. Il crash les traditions tout en gardant la mélancolie des meilleurs moments, il se moque ouvertement de la morale et avoue y préférer l’amitié et l’humanité. La folie des hommes devient sa source d’inspiration. Il aime mélanger dans un même film : prostituées, bonnes sœurs, homosexuels et terroristes. Il met en scène un chaos jouissif et charnel. La musique et la danse y sont omniprésentes et il montre son mépris pour la télévision et son obscénité. Son militantisme ne sert qu’à exorciser et détruire les tabous de la censure morale des franquistes. Ce n’est pas tant l’excentricité de la forme qui marque mais bien son amour pour les déjantés, les marginaux, les cœurs blessés. La solitude et la détresse des êtres le fascinent.

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Jusqu’à Talons aiguilles (1991), il épouse une sorte d’enthousiasme et d’euphorie liée à la renaissance espagnole, poussant ses délires vers des extrêmes toujours plus fantasques. Son emblème féminin est alors Carmen Maura, femme violée, intoxiquée aux médicaments, transsexuel, elle se plie à tous ses désirs. Ces histoires obsessionnelles naviguent entre la noirceur la plus ténébreuse, le rouge le plus sanguin, les couleurs les plus chatoyantes. L’amour, la possessivité, la violence sexuelle planent au dessus de chacun de ses films.

C’est avec Talons aiguilles qu’il entame sa seconde période, phase de maturité et de recherche introspective. Pourtant rien ne change radicalement, il conserve ses génériques kitchs et ses sujets ne s’assagissent pas. Nous sentons davantage de mélancolie, un peu plus d’amertume et de regrets : le désenchantement envahit la pellicule. A partir de là les œuvres d’Almodovar ne seront plus les mêmes, il assumera le tragique, le dramatique, la dépression.

Par la suite, son écriture apporte quelques modifications notables, ses décors sont moins baroques, sa liberté concernant la sexualité est atténuée par des refus, des doutes. Il devient de plus en plus perfectionniste sur le choix des couleurs, des costumes, des prises de vue, apportant un sens toujours plus développé à ses images, si l’eau de rose dégouline en surface, l’existentialisme et les remises en question y tiennent également une place majoritaire. Le tragique et la douleur sont le fondement même de ses nouvelles histoires.

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Avec ses derniers films Parle avec elle, La mauvaise éducation, Volver et maintenant Etreintes brisées, son cinéma devient non seulement mature mais aussi extrêmement maîtrisé, mais il s’autorise encore toutes les audaces narratives, images créatives, morales incorrectes et sexualités désinhibées. Même si la forme s’est adoucit, le fond reste déjanté, car le style d’Almodovar ne peut se limiter à une question d’illustration, il est une vision des gens et des relations humaines. Tout est affaire de dysfonctionnement dans des scripts de plus en plus allégoriques, riches en détails psychanalytiques. Il filme la folie, l’inconscient, la névrose totale et finalement leur acceptation dans leur propre désir, l’attente de la mort en trouvant un moyen serein (l’amour de plus en plus). Almodovar cherche à passer du fusionnel au raisonnables par des voies irrationnelles.

A la fois morbide et comique, le cinéma d’Almodovar a su muer la pudeur naturelle en exhibition excessive pour finalement montrer le contraste entre tragique et l’humour de la vie, forcement absurde. Oublié le temps des extravagances, des disputes, le temps des monologues et des murmures est venu.

Images : © Collection Christophe L. © Sony Pictures Classics






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  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

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