Il y a environ un an sortaient deux films qu’on a souvent pu rapprocher — Lord of War de Andrew Niccol et The Constant Gardener du très prometteur Fernando Meirelles — pour la récurrence d’un thème : une critique virulente envers les Etats-Unis qui alimentent l’Afrique en armes pour que les peuples s’entretuent. Aujourd’hui c’est au tour d’Edward Zwick de mettre en scène le destin tragique de toute une nation dans Blood Diamond.D’entrée, l’aspect hollywoodien saute aux yeux et l’académisme de Zwick dans la réalisation y est pour beaucoup. La caméra vive, le plomb en rafale sur les carcasses de voitures, cette volonté excessive d’immersion provoque une coupure, certes intéressante, mais trop brusque avec les autres scènes. Intéressante donc, dans le sens où il existe un contraste qui oppose fermement la mise à feu de ce pays et les magnifiques paysages ensoleillés alors altérés par l’Homme. Mais il ne faut pas en vouloir à Edward Zwick de perturber à tout instant le récit en insérant une dose d’action inhérente à chacun de ses films. Car de la même manière, les vertes et calmes plaines du Dernier Samouraï se voyaient bien vite salies par le sang.

Alors même si l’aspect aventure est privilégié, il n’en reste pas moins une dénonciation éloquente ; non pas par ses discours moralisateurs, mais par la transparence que Zwick confère à son récit en exposant les enfants soldats, un peu à la manière de Mereilles dans La Cité de Dieu. On pourrait toutefois considérer la dénonciation de Blood Diamond comme une délation car l’intérêt de celle-ci peut se comprendre comme une recherche de légitimité. Pourquoi faire un film purement d’action ? Cela n’a plus raison d’être dans le cinéma d’aujourd’hui. Dans ce cas, instaurons une toile de fond humaniste qui est susceptible de toucher le public, semble se dire Edward Zwick. Car si dans Constant Gardener, la forme rendait service au fond, c’est bel et bien l’inverse qui se produit dans Blood Diamond.

Si Di Caprio ne saurait reproduire une performance aussi impressionante que celle des Infiltrés (On se demande ici, pourquoi toujours autant de simagrées inutiles), Housoun livre une prestation exceptionnelle faisant foi d’un charisme étonnant. Il en va de même pour Jennifer Connelly qui symbolise à elle seule tout ce que le journalisme peut susciter dans de telles circonstances. En effet, cette scène où un car de journalistes découvre un cadavre gisant sur le sol et ceux-ci se ruent alors pour en recueillir la moindre photo, représente ce qu’il y a de plus immonde dans une société médiatique comme la notre. Connelly expliquera même que le deuxième plus grand camp de réfugiés d’Afrique fera certainement une brève entre le sport et la météo… On assiste alors, impuissant, à l’horreur qui nous entoure.
Là où The Constant Gardener frappait fort par l’omniprésence de son message politique, Blood Diamond s’évertue d’avantage à plaire qu’à instruire. C’est pourquoi il faut aborder ce film comme un pur divertissement et y déceler, si possible, une critique réelle de la société occidentale vis-à-vis de l’Afrique et, plus généralement du Tiers-Monde. Manifestement, la love story présente comme il se doit contribue d’avantage à s’éloigner du sujet une fois de plus.
Blood Diamond est un bon film hollywoodien — l’adjectif, aussi vague soit-il, reste le plus approprié — mais souffre d’un manque cruel de fond. Encore fallait-il s’attendre à une autre alternative de la part de Zwik qui n’a pas l’habitude de se récrier contre quoi que ce soit.