Petit Bulletin : Copie 0 [Lumière 2009]
Par Flavien Poncet, le 18 octobre 2009 2009 - automne - 10:50
Pendant que le festival s’achemine vers son issu, la réalité des cinémas à Lyon refait son apparition. C’est le cas notamment du Cinéma National Populaire, CNP, menacé encore une fois de disparition après qu’une de ses salles principales, le CNP Odéon, ait été fermée par son patron à l’insu des employés. Délaissons la joie des films découverts pour mettre en avant l’agonie d’un certain cinéma à Lyon.

L’un des grands avantages du festival Lumière 2009, outre qu’il ambitionne de faire éclairer les « vieux » films par des cinéastes contemporains, tient à la largeur de son champ d’activité. Si le cœur névralgique se positionne à l’Institut Lumière, d’autres cinémas d’alentour sont sollicités. Parmi eux compte le CNP Terreaux, un des cinémas parmi les meilleurs de Lyon, mettant à disposition une programmation toujours de grande qualité, grâce au programmateur Marc Artigau. Ils se trouvent que les conjonctions économiques et la saloperie de son patron Galeshka Moravioff, ayant déjà causé la perte du CNP Odéon, menace de fermer le CNP Terreaux. Tout est très bien résumé sur le blog du collectif "Soutenirs les CNP". Où le festival entre en question, c’est lorsque la critique lyonnaise conteste en creux de cette lutte. Flash-back :

Une fois par semaine, Le Petit Bulletin, « L’hebdo gratuit des spectacles », nous délivre son petit message. Hebdomadaire culturel lyonnais, le Petit Bulletin a cela en commun avec Télérama qu’il cultive une ligne éditoriale dilettantiste. Par ailleurs, les deux hebdos parrainent Lumière 2009. La rubrique cinéma du Petit Bulletin est tenue quasiment seule par Christophe Chabert. Il se trouve que M. Chabert tient un blog journellement à l’occasion du festival. Au deuxième jour, le journaliste se trouvant frustré de ne pouvoir accéder à sa séance d’Invasion of the Body Snatchers au CNP Terreaux (les employés s’étant mis en grève pour protester contre le licenciement de Marc Artigau), écrit sur son blog : « Les spectateurs qui avaient encore envie d’aller voir des films aux CNP, malgré la médiocrité des conditions de projection, trouveront sans doute là une ultime raison pour ne plus y aller. Car comment soutenir le CNP si on ne peut même plus entrer dans ses salles ? Logique suicidaire et à courte vue qui ne peut qu’accélérer la mort de cet emblème du cinéma d’art et essai lyonnais… »

M. Chabert, assez buté pour croire que Rivette est has-been et assez rétrograde pour voir en L’Affaire Farewell « une comédie du pouvoir », présente un drôle de sens des priorités. Lui qui préfère ses séances avec V.I.P. (le film devait être présenté par Gaspar Noé) plutôt que la conduite légitime de revendications sociales, se permet par-dessus tout de deviner le comportement des spectateurs. Je sais pour ma part que j’irai encore au CNP, quelque soit la qualité des projections, quelque soit les revendications des employés, puisqu’il met à disposition une programmation unique dans le Grand Lyon. Par ailleurs, il n’est pas nécessaire d’accéder aux séances pour me rendre compte que ce qui menace les CNP n’est pas tant une crise de l’art et essai qu’une atteinte profonde aux diversités culturelles. Mais M. Chabert s’en fou puisqu’il préfèrera plutôt un Carion à UGC qu’un Rivette au CNP. Ce qu’écrit M. Chabert sur son blog, à propos de l’état économique des CNP, relève proprement de l’ingénuité. Certes, il est conscient des enjeux qui se trament dans cette lutte sociale, mais l’individualisme marqué avec lequel il déplore la grève des employés nous rappelle les différentes interventions de l’Etat de Sarkozy pour la répression des mouvements de grève.

Il ne s’agit pas dès lors d’entendre que le festival Lumière 2009, de par son partenariat avec le Petit Bulletin, légitime les propos de Chabert. Mais il est toujours bon de noter que les festivités dans lesquels l’événement à plonger Lyon occulte la dure réalité que traversent les CNP. Au début de quelques séances et à travers les tracts laissés en divers sites, différentes interventions ont été menées pour informer ou sensibiliser les spectateurs festivaliers. Mais tant qu’une critique incrédule comme celle menée dans le Petit Bulletin fera foi d’autorité dans la culture lyonnaise, il reste à craindre le pire pour des salles comme le CNP. Car le terrain premier sur lequel doit jouer de droit la critique est bien celui là même sur lequel se sont situés les employés en grève du CNP : celui d’une lutte face aux autorités. En attendant, il reste à réentendre Godard qui dans Je vous salue Sarajevo nous rappelle qu’« il y a la règle et il y a l’exception. Il y a la culture, qui est de la règle. Il y a l’exception, qui est de l’art. ». Et le problème du Petit Bulletin et de toute une critique flegmatique, c’est qu’ils jouent avec les règles du jeu.

- Retrouvez notre dossier sur le Festival Lumière 2009 ici

Images : www.soutenirlescinemascnp.org






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
- Cinémas indépendants acceptant la carte Le Pass
- L’Institut Lumière à Lyon
- La Cinémathèque de Toulouse
- Le Ciné-Club de Caen

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Retrouvez également Vodkaster - Le blog de la cinéphilie 2.0



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