Sheitan (Un film de Kim Chapiron)
Petites peurs entre amis
Par Julien Hairault, le 10 février 2006 2006
Le collectif Kourtrajmé se lance dans le grand bain du long métrage et accouche d’un film hybride où se mélangent les codes du genre horrifique et les clichés sur les jeunes de banlieues.

Après un passage en boîte de nuit pour le réveillon de Noël, une bande de jeunes quitte Paris pour rejoindre la maison de campagne de l’une des serveuses du club. Sur place, le clash avec les us et coutumes du coin est évident, d’autant que dans la demeure où tout le monde se retrouve : un homme étrange (Vincent Cassel) semble s’affairer à un rituel des plus glauques. D’où le virage que prend très vite Sheitan en faveur d’un genre horrifique imprégné de noirceur et de scènes moralement douteuses. Les influences sont claires et nettes : Gaspard Noé (Irréversible), Fabrice Du Welz (Calvaire) ou Mathieu Kassovitz (La Haine) pour le commentaire sur les jeunes d’aujourd’hui.

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Les premières trente minutes du film se passent sur le « territoire » des jeunes gens. Du rituel drague + alcool = bagarre dans la boîte de nuit, au braquage d’une station service : l’univers de la bande de potes se résument finalement à une vie peu passionnante où rien n’est vraiment prévu jusqu’au dernier moment. Kim Chapiron et ses comédiens indiquent clairement que la délinquance fait partie de ce quotidien et qu’il faudrait un événement extraordinaire pour le chambouler.

Cet événement sera donc ce court séjour effectué dans cette maison de campagne occupée par des personnages assez inquiétants et qui très vite installent une ambiance étrange et presque provocatrice. La façon dont sont filmés les habitants de la campagne rappelle le récent Calvaire où les paysans n’étaient ni plus ni moins que des personnages moches et bêtes. On apprendra très vite au fil des séquences de Sheitan que ce film n’accorde que très peu d’importance au scénario, et que l’essentiel réside dans la scène en cours : et la façon dont elle est perçue par le spectateur.

Lors de la promotion du film, Chapiron et Cassel ont mis en avant le coté provocateur et violent du projet, qui devait interpeller et choquer le spectateur non érudit des codes de la banlieue (rap, misogynie, violence...). Sheitan provoque pourtant moins dans son ensemble que dans la violence momentanée de certains passages. Entre scènes de pure horreur assez flippantes, et anecdotes privées du plus mauvais goût (le flashback sur l’aventure sexuelle d’un des protagonistes lors d’un séjour dans un camping) : le récit est partagé entre le désir de coller à une intrigue de film d’horreur, et celui de contenter un certain public de banlieues certainement friands d’histoires courtes et provocantes.

C’est sans nul doute le premier axe qui est le plus intéressant dans Sheitan. La mise en scène de Kim Chapiron sait jouer avec les nerfs du spectateur même si elle ne fait que reproduire des effets de style déjà bien assimilés au genre du film d’horreur. Le jeune cinéaste abuse de plans subjectifs derrière des portes ou des branches, insistant un peu trop sur la menace entourant les personnages. Cette naïveté dans le filmage de l’épouvante (qui par la réflexivité qu’elle amène, fait naître la distance et le commentaire sur le genre) est contredite par le réalisme et la brutalité d’autres situations. En témoigne l’impressionnant traitement de la scène de la bagarre dans la boîte de nuit, où Chapiron profite de l’éclairage du décors et d’une caméra proche des corps pour retranscrire au mieux l’intensité de la situation.

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Ce film souffre finalement de ne pas avoir réussit à trancher entre deux styles et deux récits qui ont bien du mal à s’accorder. Commençant comme un film sur des jeunes, racailles assumées, et finissant dans l’enfer d’un conte sadique et amoral : Sheitan perd pied petit à petit dans sa tentative de déstabiliser le public. En fait de long métrage provocateur et moralement malveillant, comme le promettait l’équipe du film, cette dernière a accouché d’un honnête divertissement pas si méchant que cela, et uniquement destiné à un public d’adolescents et de jeunes adultes. Sans quelques passages franchement de mauvais goûts, et avec un peu plus de métier dans la mise en scène et l’écriture : ce premier film aurait pu être bien meilleur et intéressant. Il ne fait que divertir et agacer tant la somme des talents présents à l’écran nous paraît sous-exploitée.

Images : © Mars Distribution






Le 25 mai prochain, après une compétition d’une dizaine de jours, le jury du 61ème Festival de Cannes présidé par Sean Penn, décernera la tant attendue Palme d’Or au meilleur film de la sélection. En attendant d’en savoir plus, la rédaction de Fin de Séance vous livre ses cinq oeuvres palmées préférées :

  1. Pulp Fiction de Quentin Tarantino
  2. Taxi Driver de Martin Scorsese
  3. Elephant de Gus Van Sant
  4. Barton Fink de Joel & Ethan Coen
  5. Apocalypse Now de Francis Ford Coppola


Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

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